Économie politique : « Qu’est-ce qu’un emploi utile ? »

Un article de Michel Husson pour À l’encontre tente de défi­nir les contours de cette ques­tion essen­tielle.

Cette ques­tion est a prio­ri sans fon­de­ment : un emploi n’aurait pas été créé s’il était inutile, et il est tout aus­si utile à celui qui l’exerce, puisqu’il lui pro­cure un reve­nu. Mais l’interrogation devient per­ti­nente dès lors qu’on se situe au niveau de l’ensemble de la socié­té. La ques­tion devient alors : qu’est-ce qu’un emploi socia­le­ment utile ?

Husson ques­tionne l’utilité des emplois selon leur pro­duc­ti­vi­té, la valeur asso­ciée (éco­no­mique ou sociale), les « bou­lots de merde », la consom­ma­tion selon les classes sociales, et la néces­saire tran­si­tion éco­lo­gique.

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Illustration : artiste inconnu·e.

« Serons‐nous les chimpanzés observés par des machines ? »

Un entre­tien de Pascal Chabot et Paul Jorion avec Martine Vandemeulebroucke pour Alter Échos s’intéresse aux pers­pec­tives de l’emploi et du tra­vail dans un contexte d’automatisation mas­sive.

Alter Échos : Faut‐il taxer les robots ? Instaurer un reve­nu uni­ver­sel ?
Paul Jorion : J’ai été le pre­mier à pro­po­ser l’idée d’une taxe robots. Je l’avais conçue comme un moyen de finan­cer un reve­nu uni­ver­sel de base mais lorsque j’ai com­men­cé à pen­ser à la dimen­sion pra­tique du reve­nu uni­ver­sel, plu­sieurs obs­tacles me sont appa­rus. D’abord le reve­nu uni­ver­sel ne règle abso­lu­ment pas les dis­pa­ri­tés de reve­nus et les laisse même s’accroître. C’est aus­si une inci­ta­tion au consu­mé­risme alors qu’on devrait plu­tôt se lan­cer dans une forme de décrois­sance. Un autre dan­ger, c’est la mau­vaise uti­li­sa­tion de l’argent par son béné­fi­ciaire. Mais la contes­ta­tion la plus sérieuse du reve­nu uni­ver­sel vient de mon expé­rience de ban­quier pen­dant 18 ans. Si on donne un reve­nu sup­plé­men­taire aux gens, la finance s’en empa­re­ra.

Alter Échos : Que faire alors ?
Paul Jorion : Taxer les robots pour finan­cer une exten­sion de la gra­tui­té. Revenir en prio­ri­té à la gra­tui­té totale de l’assurance mala­die inva­li­di­té, de l’enseignement et puis l’étendre aux trans­ports de proxi­mi­té. Je suis aus­si en faveur d’une gra­tui­té de l’alimentation de type élé­men­taire.
Aujourd’hui, beau­coup de tra­vailleurs sont pris dans l’étau d’une acti­vi­té qui enva­hit leur vie pri­vée. Pourrions‐nous pas­ser d’une socié­té de burn‐out, où le tra­vail consume les forces de l’individu, à celle du vide, où le tra­vail n’est plus ?


Pascal Chabot : Le tra­vail est un des grands impen­sés de nos socié­tés. Il struc­ture les exis­tences, pro­cure satis­fac­tions et déses­poirs. Son manque effraie et pro­voque par­fois des détresses vio­lentes ; mais sa sur­pré­sence engendre des patho­lo­gies en impo­sant aux indi­vi­dus des rythmes et des buts par­fois toxiques.
Il est à cet égard inté­res­sant de se sou­ve­nir que les tech­no­lo­gies ont été mas­si­ve­ment intro­duites dans la socié­té au cours des années 60, en étant accom­pa­gnées d’un dis­cours sur la civi­li­sa­tion du loi­sir. Alors déjà, des pro­pos sur la pos­si­bi­li­té d’un chô­mage de masse se fai­saient entendre. Le dis­cours sur la civi­li­sa­tion du loi­sir fut une sorte de che­val de Troie qui, en ses flancs, et sous cou­vert d’une plus grande jouis­sance du monde, intro­dui­sit une série de tech­no­lo­gies de cap­ture de l’attention, assez dif­fé­rentes de ce que l’on pou­vait alors appe­ler « loi­sir ». 

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Illustration : © Anne‐Gaëlle Amiot.

David Graeber : le revenu universel, remède aux jobs à la con ?

Un entre­tien de l’anthropologue avec Philippe Vion‐Dury dans Socialter autour des maux actuels du monde du tra­vail, et sa concep­tion du reve­nu sans condi­tion.

Il y a au moins trois genres de reve­nu uni­ver­sel : une ver­sion de droite, qui consiste à don­ner de l’argent aux gens pour ne plus avoir à s’occuper d’eux ; une ver­sion plus libé­rale, qui l’envisage comme un sup­plé­ment ; et une ver­sion radi­cale, qui veut en faire un reve­nu suf­fi­sant pour vivre, indé­pen­dam­ment de tout emploi ou aide, puisque le but ultime est de dis­joindre le tra­vail du reve­nu. Cette der­nière idée est par­ti­cu­liè­re­ment radi­cale, sachant que nous avons pas­sé les cin­quante der­nières années à aller dans le sens inverse. Mais ça deman­de­ra une sorte de révo­lu­tion cultu­relle – et pren­dra donc du temps. Cela éten­drait enfin le concept de liber­té à l’économie d’une manière authen­tique. La liber­té, c’est quand vous êtes en mesure de déci­der ce que vous sou­hai­tez faire et que vous n’êtes pas mena­cé par la faim.

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Illustration : © Cyrille Choupas.

L’intelligence artificielle, un choc industriel

Un article repro­duit sur le blog de Paul Jorion extrait du dos­sier « Les révo­lu­tions de l’intelligence » dans le numé­ro 26 de Papiers, s’intéresse aux évo­lu­tions de l’informatique et de la robo­ti­sa­tion et leur effet sur l’emploi.

Maylis Besserie : Une […] piste, régu­liè­re­ment explo­rée, est la pers­pec­tive de taxer les robots.

Raja Chatila : Je dois dire que cette expres­sion n’est pas heu­reuse. Je ne parle pas du concept qui est der­rière, mais l’expression elle‐même n’est pas heu­reuse parce qu’elle laisse croire qu’il y a un robot phy­sique qui va prendre ma place et qu’il faut donc le taxer. En réa­li­té, cela signi­fie taxer l’entreprise qui l’utilise, taxer la pro­duc­ti­vi­té de cette entre­prise, pour que moi, humain qui n’ai plus de tra­vail, je puisse béné­fi­cier quand même d’un reve­nu qui me serait échu de droit. Mais l’idée sous‐jacente est excel­lente. La dif­fi­cul­té va venir de l’identification de ce qu’est un robot. Est‐ce qu’on logi­ciel est un robot ? Qui vais‐je taxer quand je vais uti­li­ser un logi­ciel qui se trouve tour­ner sur des machines à l’autre bout du monde ? Cette mise en œuvre ne me semble pas très claire, même si je com­prends que Paul Jorion la défende. Je n’ai pas de solu­tion toute faite, et les termes de « reve­nu de base » ou de « taxe robot » pré­sentent cha­cun des avan­tages et des incon­vé­nients. Je pense mal­heu­reu­se­ment que la débat n’a pas lieu, qu’il devrait avoir lieu et être mis en place pour que l’on puisse réflé­chir sur la meilleure méthode impli­quant tout le monde — c’est-à-dire les citoyens, les éco­no­mistes, les experts, les robo­ti­ciens, les intel­li­gents arti­fi­ciel­le­ment, les socio­logues, etc. C’est une ques­tion de fond.

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Illustration : © France Culture.

Les défis sociaux des transformations du travail

La cap­ta­tion vidéo d’une table ronde orga­ni­sée lors de la confé­rence « Les trans­for­ma­tions du tra­vail » en sep­tembre 2018 réunit Antonio Casilli, Thomas Coutrot et Pascal Lokiec.

Antonio Casilli

Professeur d’humanités digi­tales à Telecom ParisTech et cher­cheur au centre Edgar Morin de l’EHESS, auteur (avec D. Cardon) de Qu’est-ce que le digi­tal labor?, Editions INA, 2015.

Thomas Coutrot

Économiste, ancien co‐président d’Attac et co‐fondateur des Economistes atter­rés, auteur de Libérer le tra­vail. Pourquoi la gauche s’en moque et pour­quoi cela doit chan­ger, Editions du Seuil, 2018.

Pascal Lokiec

Professeur de droit du tra­vail, auteur (avec Dominique Méda et Eric Heyer) de Une autre voix est pos­sible. Le modèle social fran­çais n’est pas mort !, Flammarion, 2018.
Conférence orga­ni­sée, sous le patro­nage du Sénateur de l’Isère, M.Guillaume Gontard, par la Fondation de l’Ecologie Politique et le Green European Journal.

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Illustration : © Fondation de l’Écologie Politique.

La Chine lance un programme pour remplacer ses fermiers par des robots

Un article de Mathilde Simon pour Usbek & Rica pré­sente l’ambitieuse expé­ri­men­ta­tion de robo­ti­sa­tion agri­cole lan­cée dans la région de Jiangsu.

L’objectif est sur­tout de per­mettre de meilleurs ren­de­ments à moindre coût. Dans le cadre d’un repor­tage sur l’industrialisation de l’économie agro­nome chi­noise, National Geographic a ren­con­tré en février Liu Lin. Le jeune entre­pre­neur y raconte que ses machines euro­péennes et amé­ri­caines per­mettent de pro­duire, en quatre heures, le tra­vail que 30 tra­vailleurs auraient mis une ving­taine de jours à faire. Le tout mani­pu­lable depuis un smart­phone.

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Illustration : © Shutterstock.

Un rapport annonce que la robotisation va entraîner une recrudescence de l’esclavage en Asie du sud‐est

Un article d’Annie Kelly pour The Guardian décrit un futur bien sombre pour les employé·es les moins qualifié·es, en com­pé­ti­tion avec les robots.

We know that in a couple of decades, robot manu­fac­tu­ring will replace many low‐skill jobs. Displaced wor­kers without the skills or capa­ci­ty to adapt will have to com­pete for a rapid­ly dimi­ni­shing sup­ply of low‐paid work in poten­tial­ly exploi­ta­tive condi­tions. This will lead to increa­sed risks of sla­ve­ry and traf­fi­cking across a region alrea­dy vul­ne­rable to these kind of abuses.”

Automation is alrea­dy revo­lu­tio­ni­sing manu­fac­tu­ring and lowe­ring labour costs for indus­tries across the world. The International Federation of Robotics esti­mates that next year ano­ther 250,000 indus­trial robots will come on to the mar­ket, with the capa­bi­li­ty to help pro­duce cars, elec­tro­nics and new machi­ne­ry.

[« Nous savons que dans quelques décen­nies, les robots rem­pla­ce­ront de nom­breux emplois peu qua­li­fiés. Les travailleur·euses touché·es qui n’ont pas les com­pé­tences ou la capa­ci­té de s’adapter seront en concur­rence pour des emplois fai­ble­ment rému­né­rés en dimi­nu­tion rapide, dans des condi­tions d’exploitation poten­tielles. Cela entraî­ne­ra une aug­men­ta­tion des risques d’esclavage et de traite dans une région déjà vul­né­rable à ce type d’abus ».

L’automatisation révo­lu­tionne déjà la fabri­ca­tion et réduit les coûts de main-d’œuvre pour les indus­tries du monde entier. La Fédération inter­na­tio­nale de robo­tique estime que l’année pro­chaine, 250 000 robots indus­triels sup­plé­men­taires arri­ve­ront sur le mar­ché, avec la capa­ci­té d’aider à pro­duire des voi­tures, de l’électronique et de nou­velles machines.]

Voir aus­si une tra­duc­tion en fran­çais sur le site de Paul Jorion.

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Illustration : © Hau Dinh/AP.

Le routier américain, une icône en voie de disparition

Un article de Julien Brygo pour Le Monde Diplomatique plonge dans le monde des camion­neurs éta­su­niens, alors que les véhi­cules sans chauf­feur pointent à l’horizon.

Le rap­port de Morgan Stanley place les rou­tiers en lea­sing, comme ceux de Long Beach, en tête des vic­times de la déré­gle­men­ta­tion du trans­port. « Ça ne se fera jamais, veut croire M. Andre Hart, qui conduit des camions de mar­chan­dises depuis dix‐sept ans. C’est déjà tel­le­ment dan­ge­reux sur les routes… Les ordi­na­teurs n’ont pas d’yeux. Avec les camé­ras, il y a des mau­vaises sur­prises tous les jours. » Arrive M. Gerald Daniels, coif­fure ras­ta jusqu’aux hanches et lunettes de soleil : « Bien sûr que ça se fera, lance‐t‐il. Au ter­mi­nal à conte­neurs de Long Beach, il n’y a déjà plus d’humains pour char­ger les camions. » À l’image de ces moissonneuses‐batteuses gui­dées par GPS (glo­bal posi­tio­ning sys­tem), de ces ton­deuses connec­tées qui tour­noient sur leur car­ré de pelouse ou encore de ces robots aspi­ra­teurs domes­tiques qui se déplacent seuls, les camions de demain seront « auto­nomes », pro­met la Silicon Valley.

Voir aus­si le repor­tage pho­to­gra­phique sur son site.

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Illustration : © Julien Brygo.

La France, bientôt un pays de (travailleurs) pauvres ?

Un article de Jean‐Christophe Sarrot pour ATD Quart Monde pro­pose une ana­lyse de la récente étude de la Dares.

Si le risque n’est pas que tout le monde se retrouve en CDD demain, cette bipo­la­ri­sa­tion pré­sente tout de même une dimen­sion insup­por­table et insou­te­nable : 9 tra­vailleurs sur 10 qui n’ont pas de CDI ne peuvent espé­rer y accé­der ; ils sont can­ton­nés aux CDD, emplois pré­caires qui, pour 2 à 3 mil­lions d’entre eux actuel­le­ment, ne per­mettent guère de dépas­ser le seuil de pau­vre­té.

Les poli­tiques publiques actuelles semblent inca­pables de cor­ri­ger ce phé­no­mène. Elles n’en parlent pas. Elles s’accommodent de ce modèle d’emploi « de crise » et apprennent à vivre avec, même si elles savent que cela risque de leur coû­ter la non‐reconduction de l’équipe au pou­voir, comme cela a été le cas pour François Hollande.

Elles parlent d› « emploi », sans dis­tin­guer le décent du pré­caire, sans dire que plus du second, ce n’est pas plus de salut, mais plus de pau­vre­té et d’insécurité face à l’avenir, comme en Allemagne, au Royaume‐Uni, aux États‐Unis, etc.

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Illustration : © ATD Quart Monde.

Quel avenir pour le travail : perspectives et utopies

Une ren­contre orga­ni­sée par la BPI le 11 juin au Centre Pompidou s’intéressera aux évo­lu­tions actuelles de l’emploi : robo­ti­sa­tion, trans­for­ma­tions, tra­vail à la tâche…

Il est aujourd’hui cer­tain que de nom­breux emplois sont ame­nés à dis­pa­raître. La faute aux robots, à l’automatisation, à l’intelligence arti­fi­cielle, à la stan­dar­di­sa­tion, etc. Dans le même temps de nou­veaux métiers se des­sinent à l’horizon, tout comme des pers­pec­tives d’organisation sociale et de modèle éco­no­mique renou­ve­lés, inté­grant la notion de reve­nu de base ou reve­nu par­ti­ci­pa­tif.

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Illustration : © MUSE Trento.

Benjamin Griveaux, pêcheur à la dérive

Un article de Romaric Godin étrille la com­mu­ni­ca­tion du gou­ver­ne­ment, qui cherche à gom­mer l’image de « pré­sident des riches » que se traîne Emmanuel Macron.

Derrière sa sol­li­ci­tude, Benjamin Griveaux dis­si­mule donc cette vision clas­sique d’un homme pauvre assis­té et ignare chère à la droite. La réa­li­té est bien dif­fé­rente : les chô­meurs fran­çais, dont la moi­tié ne sont pas indem­ni­sés, veulent dans leur immense majo­ri­té, trou­ver un emploi ou une for­ma­tion qui per­met de trou­ver un emploi.

Mais à quoi bon se for­mer lorsque l’emploi manque ? À quoi bon tra­vailler lorsque l’on est mal­gré tout pauvre en tra­vaillant ? Benjamin Griveaux n’a donc jamais enten­du par­ler de ces « tra­vailleurs pauvres » dont l’existence même devrait faire oublier l’aphorisme de Confucius ? Ce que le pou­voir actuel ne dit jamais, ce qu’il oublie tou­jours à des­sein, c’est que ce ne sont pas les chô­meurs et les sala­riés qui ont conduit la France à la perte de com­pé­ti­ti­vi­té éco­no­mique et qui l’ont enfer­mé dans un niveau de gamme inte­nable.

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Illustration : CCPrzemysław Sakrajda.

« Earning a Living » and the Dilemma of Unpaid Work

Un article en anglais de D. JoAnne Swanson sur son site détaille les souf­frances liées à l’emploi subi, et la libé­ra­tion poten­tielle du tra­vail avec un reve­nu de base incon­di­tion­nel.

It’s dee­ply iro­nic that one of the most com­mon objec­tions to UBI is a fear that people wouldn’t work. Only a culture dee­ply inves­ted in the notion that remu­ne­ra­tive work must entail suf­fe­ring would enter­tain such a pre­pos­te­rous idea so wide­ly and serious­ly. The truth is just the oppo­site : UBI enables work. It’s an invest­ment in human poten­tial. It’s a vote for a world where work is done by true consent, rather than by coer­cion born of the need to « earn a living » and the struggle to sur­vive. It frees us up to do things we enjoy, ins­tead of just taking any job to pay the bills. It enables us to do valuable unpaid crea­tive work, domes­tic work, or caring labor without having to go hun­gry or stay in unheal­thy rela­tion­ships for finan­cial rea­sons. Not having UBI is in fact pre­ven­ting a lot of us – myself inclu­ded – from wor­king to our full poten­tial.

It’s help­ful to ack­now­ledge that there’s a dif­fe­rence bet­ween jobs and work. Upon recei­ving UBI, undoub­ted­ly many people would quit jobs they hate, or jobs they’ve taken most­ly for a pay­check. But very few would stop wor­king alto­ge­ther.

With UBI, jobs would be freed up for people who actual­ly want them, and those of us who do unpaid work wouldn’t be for­ced to com­pete with them for those jobs.

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Illustration : © The Anticareerist.

En France, le salaire minimum ne permet pas aux familles d’échapper à la pauvreté

Un article de Justin Delépine pour Alternative Économiques pré­sente une étude de l’Institut de recherches éco­no­miques et sociales (IRES) qui com­pare le niveau de vie de familles au salaire mini­mum dans trois pays : la France, l’Allemagne et le Royaume‐Uni.

Quatre exemples types sont rete­nus : un céli­ba­taire, une famille avec deux enfants mais avec un seul parent qui tra­vaille, ou un membre du ménage qui est à temps com­plet et l’autre à temps par­tiel et enfin une famille avec deux enfants et deux parents tra­vaillant à temps com­plet. Dans toutes ces situa­tions, les sys­tèmes alle­mand et bri­tan­nique per­mettent à tous les types de ménage d’être au‐dessus du seuil de pau­vre­té, mais « la France est ain­si le seul des trois pays où une famille mono‐active avec deux enfants dont l’un des parents tra­vaille à temps com­plet au salaire mini­mum est en des­sous du seuil de pau­vre­té moné­taire ».


Illustration : © Getty.

Avec les robots, une vie sans travail ?

Un article d’Alain Véronèse sur le blog de Guy Valette recense deux ouvrages récents : Robotariat de Bruno Teboul et Fuck Work ! de James Livingston.

Un aper­çu de ses pro­pos sur Robotariat, cri­tique de l’automatisation de la socié­té :

L’argumentation ser­rée entend com­bi­ner et l’instauration d’un reve­nu de base (ou uni­ver­sel) et une impor­tante réduc­tion du temps de tra­vail. La conjonc­tion des deux reven­di­ca­tions est assez rare : trop sou­vent les par­ti­sans du reve­nu de base (tel le MFRB) « oublient » la réduc­tion du temps de tra­vail, et les mili­tants de la réduc­tion du temps de tra­vail, sou­vent d’obédience mar­xiste (J.-M. Harribey, M. Husson) dénonce l’illusion du reve­nu de base et les dan­gers d’une sub­ven­tion offerte au patro­nat…

Puis à pro­pos de Fuck Work!, pour une vie sans tra­vail :

Le style de Livingston (tel que tra­duit par Pierre Vesperini) au ser­vice d’une argu­men­ta­tion construite ouvre de nou­velles lignes d’horizon capable de mettre en marche les popu­la­tions délais­sées par les dis­rup­tions capi­ta­listes, c’est à dire les sur­nu­mé­raires et autres « inutiles au monde », dont les « pre­miers de cor­dée » tirent les ficelles…


Illustration : CC0 Jeremy Avery.

Et si l’on se débarrassait une fois pour toutes de l’emploi ?

Une tri­bune de Daniel Kaplan pour Usbek & Rica, la troi­sième de la série « Boulofictions », pose la ques­tion sui­vante : si les robots se sub­sti­tuent aux humains dans la plu­part des tâches, que pourrions‐nous bien faire de nos vies ?

Il serait évi­dem­ment pré­fé­rable de se remettre en quête du sens de ce que l’on nomme encore aujourd’hui « tra­vail ». On ne peut cepen­dant pas s’en tirer par des expres­sions toutes faites telles que « créa­ti­vi­té » ou « empa­thie », puisqu’on fait aujourd’hui toutes sortes d’efforts pour doter les robots et les IA de ce type de capa­ci­tés.

Alors, où trou­ver ce sens ? D’abord en soi, comme une forme d’expression, de réa­li­sa­tion de soi par le biais d’une forme de pro­duc­tion, pas néces­sai­re­ment mar­chande, voire de liber­té par rap­port à la consom­ma­tion…


Illustration : © Usbek & Rica.

Et si la robotisation précédait le robot ?

Une tri­bune de Daniel Kaplan pour Usbek & Rica pour­suit son explo­ra­tion du pro­jet col­la­bo­ra­tif WORK+, cette fois en s’interrogeant sur les robots : d’où viennent‐ils, où vont‐ils, que veulent‐ils – ou plu­tôt, de quelles inten­tions sont‐ils les outils ?

Les robots n’apparaissent pas spon­ta­né­ment dans les entre­prises. Ils sont le pro­duit de déci­sions déli­bé­rées et coû­teuses qui s’inscrivent dans un mou­ve­ment enga­gé depuis des décen­nies : tay­lo­ri­sa­tion, inter­con­nexion glo­ba­li­sée des chaînes d’approvisionnement, exter­na­li­sa­tion de fonc­tions de plus en plus nom­breuses et essen­tielles, for­ma­li­sa­tion tou­jours plus pous­sée des pro­ces­sus et des indi­ca­teurs de per­for­mance…

Le robot cou­ronne la réa­li­sa­tion d’un pro­gramme dont la fonc­tion semble être de sub­sti­tuer aux rela­tions entre humains (col­la­bo­ra­teurs, clients, four­nis­seurs…) des rela­tions entre enti­tés et fonc­tions, repré­sen­tées par les sys­tèmes d’information et com­mu­ni­quant au tra­vers de contrats et d’interfaces pro­gram­mées.


Illustration : © Usbek & Rica.

Comment la fiction nous aide‐t‐elle à penser les futurs du travail ?

Une tri­bune de Daniel Kaplan pour Usbek & Rica pré­sente le pro­jet col­la­bo­ra­tif WORK+ : 150 « frag­ments » fic­tion­nels et artis­tiques autour de l’avenir du tra­vail.

Ces maté­riaux traitent éga­le­ment de beau­coup d’autres sujets que le rap­port entre tra­vailleurs humains et robots : le quo­ti­dien du tra­vail, la forme et le rôle des entre­prises, ses espaces et ses temps, son sens ou son absence de sens, son rôle dans l’acquisition d’un sta­tut social, ou encore les nou­velles formes d’exploitation (du tra­vail ultra­pré­caire sur les pla­te­formes numé­riques aux mères pon­deuses du roman et de la série La Servante écar­late), les com­pé­tences et savoir‐faire du futur, la pers­pec­tive du reve­nu uni­ver­sel ou bien de nou­velles mon­naies


Illustration : © Usbek & Rica.