Revenu de base : les départements PS veulent prendre au mot Emmanuel Macron

Un article de Noël Bouttier pour TSA Quotidien pré­sente la pro­po­si­tion de loi dépo­sée par dix‐huits président·es de dépar­te­ment, pour expé­ri­men­ter une fusion de cer­tains mini­mas sociaux (RSA, prime d’activité, voire APL).

Les 18 dépar­te­ments défendent un pro­jet qui se veut « auda­cieux socia­le­ment, sou­te­nable finan­ciè­re­ment, cré­dible scien­ti­fi­que­ment ». Ils expliquent que « le reve­nu de base n’est pas le fos­soyeur de la valeur tra­vail ». Et ils estiment que celui‐ci per­met d’accompagner les gens en tran­si­tion pro­fes­sion­nelle ou ceux qui éprouvent des dif­fi­cul­tés pour sa main­te­nir. « Les jeunes agri­cul­teurs qui ont du mal les pre­mières années sont inté­res­sés par cette mesure », glisse Philippe Martin, pré­sident du Gers. Concrètement, les dépar­te­ments sou­haitent expé­ri­men­ter deux scé­na­rios : une fusion du RSA et de la prime d’activité ; une fusion du RSA, de la prime d’activité et de l’APL. Dans le pre­mier cas, le reve­nu pour­rait être fixé à 550 euros ; dans le second, à 740 €. La pro­po­si­tion de loi pré­voit un appel à pro­jet pour expé­ri­men­ter pen­dant trois ans sur des petits ter­ri­toires l’une ou l’autre des hypo­thèses.

Après l’annonce par Emmanuel Macron du « reve­nu uni­ver­sel d’activité » non uni­ver­sel, voi­ci donc une pro­po­si­tion de loi pour expé­ri­men­ter un « reve­nu de base » qui est en fait un reve­nu mini­mum (et pré­cé­dem­ment nom­mé « reve­nu uni­ver­sel », allez com­prendre).

Indépendamment des éven­tuels effets béné­fiques ou non qu’on peut en attendre, l’effervescence actuelle de pro­po­si­tions mal nom­mées nuit assu­ré­ment à la clar­té des débats.

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Illustration : © DR.

« Serons‐nous les chimpanzés observés par des machines ? »

Un entre­tien de Pascal Chabot et Paul Jorion avec Martine Vandemeulebroucke pour Alter Échos s’intéresse aux pers­pec­tives de l’emploi et du tra­vail dans un contexte d’automatisation mas­sive.

Alter Échos : Faut‐il taxer les robots ? Instaurer un reve­nu uni­ver­sel ?
Paul Jorion : J’ai été le pre­mier à pro­po­ser l’idée d’une taxe robots. Je l’avais conçue comme un moyen de finan­cer un reve­nu uni­ver­sel de base mais lorsque j’ai com­men­cé à pen­ser à la dimen­sion pra­tique du reve­nu uni­ver­sel, plu­sieurs obs­tacles me sont appa­rus. D’abord le reve­nu uni­ver­sel ne règle abso­lu­ment pas les dis­pa­ri­tés de reve­nus et les laisse même s’accroître. C’est aus­si une inci­ta­tion au consu­mé­risme alors qu’on devrait plu­tôt se lan­cer dans une forme de décrois­sance. Un autre dan­ger, c’est la mau­vaise uti­li­sa­tion de l’argent par son béné­fi­ciaire. Mais la contes­ta­tion la plus sérieuse du reve­nu uni­ver­sel vient de mon expé­rience de ban­quier pen­dant 18 ans. Si on donne un reve­nu sup­plé­men­taire aux gens, la finance s’en empa­re­ra.

Alter Échos : Que faire alors ?
Paul Jorion : Taxer les robots pour finan­cer une exten­sion de la gra­tui­té. Revenir en prio­ri­té à la gra­tui­té totale de l’assurance mala­die inva­li­di­té, de l’enseignement et puis l’étendre aux trans­ports de proxi­mi­té. Je suis aus­si en faveur d’une gra­tui­té de l’alimentation de type élé­men­taire.
Aujourd’hui, beau­coup de tra­vailleurs sont pris dans l’étau d’une acti­vi­té qui enva­hit leur vie pri­vée. Pourrions‐nous pas­ser d’une socié­té de burn‐out, où le tra­vail consume les forces de l’individu, à celle du vide, où le tra­vail n’est plus ?


Pascal Chabot : Le tra­vail est un des grands impen­sés de nos socié­tés. Il struc­ture les exis­tences, pro­cure satis­fac­tions et déses­poirs. Son manque effraie et pro­voque par­fois des détresses vio­lentes ; mais sa sur­pré­sence engendre des patho­lo­gies en impo­sant aux indi­vi­dus des rythmes et des buts par­fois toxiques.
Il est à cet égard inté­res­sant de se sou­ve­nir que les tech­no­lo­gies ont été mas­si­ve­ment intro­duites dans la socié­té au cours des années 60, en étant accom­pa­gnées d’un dis­cours sur la civi­li­sa­tion du loi­sir. Alors déjà, des pro­pos sur la pos­si­bi­li­té d’un chô­mage de masse se fai­saient entendre. Le dis­cours sur la civi­li­sa­tion du loi­sir fut une sorte de che­val de Troie qui, en ses flancs, et sous cou­vert d’une plus grande jouis­sance du monde, intro­dui­sit une série de tech­no­lo­gies de cap­ture de l’attention, assez dif­fé­rentes de ce que l’on pou­vait alors appe­ler « loi­sir ». 

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Illustration : © Anne‐Gaëlle Amiot.

David Graeber : le revenu universel, remède aux jobs à la con ?

Un entre­tien de l’anthropologue avec Philippe Vion‐Dury dans Socialter autour des maux actuels du monde du tra­vail, et sa concep­tion du reve­nu sans condi­tion.

Il y a au moins trois genres de reve­nu uni­ver­sel : une ver­sion de droite, qui consiste à don­ner de l’argent aux gens pour ne plus avoir à s’occuper d’eux ; une ver­sion plus libé­rale, qui l’envisage comme un sup­plé­ment ; et une ver­sion radi­cale, qui veut en faire un reve­nu suf­fi­sant pour vivre, indé­pen­dam­ment de tout emploi ou aide, puisque le but ultime est de dis­joindre le tra­vail du reve­nu. Cette der­nière idée est par­ti­cu­liè­re­ment radi­cale, sachant que nous avons pas­sé les cin­quante der­nières années à aller dans le sens inverse. Mais ça deman­de­ra une sorte de révo­lu­tion cultu­relle – et pren­dra donc du temps. Cela éten­drait enfin le concept de liber­té à l’économie d’une manière authen­tique. La liber­té, c’est quand vous êtes en mesure de déci­der ce que vous sou­hai­tez faire et que vous n’êtes pas mena­cé par la faim.

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Illustration : © Cyrille Choupas.

L’intelligence artificielle, un choc industriel

Un article repro­duit sur le blog de Paul Jorion extrait du dos­sier « Les révo­lu­tions de l’intelligence » dans le numé­ro 26 de Papiers, s’intéresse aux évo­lu­tions de l’informatique et de la robo­ti­sa­tion et leur effet sur l’emploi.

Maylis Besserie : Une […] piste, régu­liè­re­ment explo­rée, est la pers­pec­tive de taxer les robots.

Raja Chatila : Je dois dire que cette expres­sion n’est pas heu­reuse. Je ne parle pas du concept qui est der­rière, mais l’expression elle‐même n’est pas heu­reuse parce qu’elle laisse croire qu’il y a un robot phy­sique qui va prendre ma place et qu’il faut donc le taxer. En réa­li­té, cela signi­fie taxer l’entreprise qui l’utilise, taxer la pro­duc­ti­vi­té de cette entre­prise, pour que moi, humain qui n’ai plus de tra­vail, je puisse béné­fi­cier quand même d’un reve­nu qui me serait échu de droit. Mais l’idée sous‐jacente est excel­lente. La dif­fi­cul­té va venir de l’identification de ce qu’est un robot. Est‐ce qu’on logi­ciel est un robot ? Qui vais‐je taxer quand je vais uti­li­ser un logi­ciel qui se trouve tour­ner sur des machines à l’autre bout du monde ? Cette mise en œuvre ne me semble pas très claire, même si je com­prends que Paul Jorion la défende. Je n’ai pas de solu­tion toute faite, et les termes de « reve­nu de base » ou de « taxe robot » pré­sentent cha­cun des avan­tages et des incon­vé­nients. Je pense mal­heu­reu­se­ment que la débat n’a pas lieu, qu’il devrait avoir lieu et être mis en place pour que l’on puisse réflé­chir sur la meilleure méthode impli­quant tout le monde — c’est-à-dire les citoyens, les éco­no­mistes, les experts, les robo­ti­ciens, les intel­li­gents arti­fi­ciel­le­ment, les socio­logues, etc. C’est une ques­tion de fond.

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Illustration : © France Culture.

Les défis sociaux des transformations du travail

La cap­ta­tion vidéo d’une table ronde orga­ni­sée lors de la confé­rence « Les trans­for­ma­tions du tra­vail » en sep­tembre 2018 réunit Antonio Casilli, Thomas Coutrot et Pascal Lokiec.

Antonio Casilli

Professeur d’humanités digi­tales à Telecom ParisTech et cher­cheur au centre Edgar Morin de l’EHESS, auteur (avec D. Cardon) de Qu’est-ce que le digi­tal labor?, Editions INA, 2015.

Thomas Coutrot

Économiste, ancien co‐président d’Attac et co‐fondateur des Economistes atter­rés, auteur de Libérer le tra­vail. Pourquoi la gauche s’en moque et pour­quoi cela doit chan­ger, Editions du Seuil, 2018.

Pascal Lokiec

Professeur de droit du tra­vail, auteur (avec Dominique Méda et Eric Heyer) de Une autre voix est pos­sible. Le modèle social fran­çais n’est pas mort !, Flammarion, 2018.
Conférence orga­ni­sée, sous le patro­nage du Sénateur de l’Isère, M.Guillaume Gontard, par la Fondation de l’Ecologie Politique et le Green European Journal.

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Illustration : © Fondation de l’Écologie Politique.

Le revenu universel d’activité : l’indécence de Macron n’a pas de limites

Un article de Nicolas Nafziger fait le point sur la pro­po­si­tion du Président de créer une allo­ca­tion sociale unique, et pré­sente d’autres pistes pour réduire la pré­ca­ri­té et la pau­vre­té.

Cette allo­cu­tion est inté­res­sante car le pré­sident opère un glis­se­ment séman­tique en dési­gnant une chose par une autre. En l’occurrence, il surfe sur la vague du popu­laire reve­nu uni­ver­sel pour par­ler de l’allocation sociale unique, vaste pro­jet prô­né entre autres par les ultra‐libéraux de l’Ifrap pour fusion­ner les mini­ma sociaux exis­tants dans le but de faire des éco­no­mies. En effet, n’est-il pas plus sédui­sant et par­lant de s’adresser aux fran­çais dans le cadre du plan pau­vre­té en évo­quant le reve­nu uni­ver­sel plu­tôt que l’allocation sociale unique ?

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Illustration : CC BYNC 2.0 Mutualité Française.

Revenu de base : Ottawa appelé à la rescousse pour sauver un projet en Ontario

Un article dans L’Actualité relaie la demande faite par quatre maires au ministre de pour­suivre le projet‐pilote de reve­nu mini­mum garan­ti.

Les maires estiment que le gou­ver­ne­ment a rom­pu sa pro­messe, faite lors de la cam­pagne élec­to­rale du prin­temps, de main­te­nir le pro­jet pilote afin de ne pas perdre des don­nées pré­cieuses qui pour­ront aider à lut­ter contre la pau­vre­té dans la pro­vince.
Le pro­jet pilote sur le reve­nu de base, lan­cé sous l’ancien gou­ver­ne­ment libé­ral de Kathleen Wynne en avril 2017, devait durer trois ans, pour un coût de 150 mil­lions $. Les conser­va­teurs nou­vel­le­ment élus ont sou­te­nu avoir été infor­més que le pro­jet ne fonc­tion­nait pas, une asser­tion contes­tée par les défen­seurs de la lutte contre la pau­vre­té.

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Illustration : CCCamille Orgel.

Le conseil municipal de Chicago intéressé par une expérimentation de revenu de base

Un article en anglais de Kate McFarland pour Basic Income News fait le point sur l’initiative en cours à Chicago.

After an article about Pawar’s reso­lu­tion appea­red in The Intercept on July 16, a tor­rent of articles appea­red in the popu­lar media, often with head­lines sug­ges­ting that Chicago is on the verge of tes­ting – or even imple­men­ting – a uni­ver­sal basic income. In fact, many hurdles remain to be sur­moun­ted before even a pilot can be laun­ched. 

Après la paru­tion le 16 juillet dans The Intercept d’un article pré­sen­tant la pro­po­si­tion de Pawar, une nuée d’articles ont fleu­ri dans la presse géné­ra­liste. Les titres lais­saient sou­vent entendre que Chicago était sur le point d’expérimenter, ou même car­ré­ment de mettre en place, un reve­nu de base uni­ver­sel. En réa­li­té, les obs­tacles à sur­mon­ter avant l’éventuel lan­ce­ment d’un projet‐pilote sont encore nom­breux.

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Illustration : CC BY 2.0 Roman Boed.

Why universal basic income costs far less than you think

Un article en anglais d’Elizaveta Fouksman pour The Conversation revient sur une erreur cou­rante lorsqu’on parle de reve­nu de base : le « coût » de la mesure n’est qu’une frac­tion du bud­get glo­bal.

A true cost esti­mate will always dis­cuss who the net bene­fi­cia­ries will be, who the net contri­bu­tors will be, and the rate at which we gra­dual­ly switch people over from being bene­fi­cia­ries to being contri­bu­tors as they get richer (this is some­times cal­led the claw‐back rate, the with­dra­wal rate or the mar­gi­nal tax rate – which is not an ove­rall tax, but sim­ply the rate at which people start to return their UBI to the com­mu­nal pot as they earn more).

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Illustration : © Shutterstock.

La Chine lance un programme pour remplacer ses fermiers par des robots

Un article de Mathilde Simon pour Usbek & Rica pré­sente l’ambitieuse expé­ri­men­ta­tion de robo­ti­sa­tion agri­cole lan­cée dans la région de Jiangsu.

L’objectif est sur­tout de per­mettre de meilleurs ren­de­ments à moindre coût. Dans le cadre d’un repor­tage sur l’industrialisation de l’économie agro­nome chi­noise, National Geographic a ren­con­tré en février Liu Lin. Le jeune entre­pre­neur y raconte que ses machines euro­péennes et amé­ri­caines per­mettent de pro­duire, en quatre heures, le tra­vail que 30 tra­vailleurs auraient mis une ving­taine de jours à faire. Le tout mani­pu­lable depuis un smart­phone.

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Illustration : © Shutterstock.

How Basic Income could restore voting rights for poor Americans

Une tri­bune en anglais de James Davis pour Basic Income News défend le reve­nu de base comme moyen de per­mettre aux plus pauvres d’exercer leur droit de vote aux États‐Unis.

Even put­ting aside felon disen­fran­chi­se­ment, impo­ve­ri­shed Americans are dis­pro­por­tio­na­te­ly exclu­ded from exer­ci­sing their right to vote owing to the expense of taking off work on elec­tion day and the paper­work they face due to voter ID laws and frequent relo­ca­tion. Universal Basic Income (UBI), by eli­mi­na­ting the finan­cial stress under­lying these bar­riers, has the poten­tial to great­ly expand voter tur­nout and civic par­ti­ci­pa­tion more gene­ral­ly, res­to­ring voting rights pro­mi­sed by the consti­tu­tion.

Sans même évo­quer la déchéance de droits civiques liée à l’incarcération, les plus pauvres ont moins accès au droit de vote, notam­ment car il faut prendre un jour de congé pour voter, mais éga­le­ment rem­plir des démarches admi­nis­tra­tives suite aux lois d’identification et aux démé­na­ge­ments régu­liers. Le Revenu de Base Universel (RBU), en allé­geant la contrainte finan­cière sous‐jacente, peut poten­tiel­le­ment amé­lio­rer la par­ti­ci­pa­tion aux élec­tions en concré­ti­sant pour les popu­la­tions pauvres le droit de vote que leur pro­met la consti­tu­tion.

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Illustration : CCElliott Stallion.