Julien Dourgnon : « Le revenu universel est un dû »

Revenu universel

Un entretien de Julien Dourgnon avec Céline Mouzon pour Alternatives Économiques fait le tour de sa vision du revenu universel.

L’équivalence travail-emploi est une convention sociale en situation de monopole. Il faut en finir avec ce monopole. L’emploi est relativement rare, le travail, lui, est abondant.

Cette conception obsolète du travail se lit dans l’organisation de notre protection sociale. Celle-ci a été imaginée pour une société de plein-emploi où les individus sont seulement soumis à des accidents de parcours rares et brefs. Elle répond imparfaitement aux besoins d’une société installée durablement dans le sous-emploi et le travail précaire. Confrontés à la réalité, les responsables politiques tentent de faire face en allongeant la durée d’indemnisation avec les droits rechargeables de l’indemnisation chômage, ou en étendant le périmètre du RSA aux 18-25 ans. Il me semble que sans en avoir pleinement conscience, nos responsables politiques valident le besoin d’un revenu permanent.


Illustration : © Istock.

Alain Damasio : « Il faut rendre à nouveau la révolution désirable »

Alain Damasio

Un entretien d’Alain Damasio avec Guillaume Ledit d’Usbek & Rica revient sur les raisons qui poussent l’écrivain à s’engager. Au sommaire notamment : le travail, la technologie et le revenu universel.

Dans une interview autour de l’exposition « Extravaillance », vous estimiez qu’il fallait « faire le deuil d’une conception totalement absurde du travail ». Comment passer dans le « postcapitalisme » que vous appelez de vos voeux ? Et en se projetant, à quoi pourrait ressembler le travail et les travailleurs à l’horizon 2030 ?

La réponse la plus facile aujourd’hui, à mon sens, c’est le revenu universel. Avec toutes les équivoques de la mesure et l’ampleur du piège que ça peut représenter en terme de contrôle accru des populations. Il y aura là un vrai combat s’il est mis en place, notamment parce que la droite va tenter d’y intégrer le maximum d’allocations et de le fixer au niveau le plus bas. Ce combat doit être mené, mais je pense qu’il y a un seuil de revenu mensuel où on pourrait se retrouver délié de l’obligation de travailler.

On est arrivé à un stade où l’humanité est en mesure, grâce aux évolutions techniques notamment, de couper le lien entre revenu et mérite : on mérite d’être rémunéré même en ne travaillant pas. Si on coupe cette aliénation fondamentale sur laquelle repose une partie de la force du capitalisme, on libère un temps crucial pour les gens, qui peuvent alors s’occuper des autres ou militer, créer, générer des alternatives et du vivant.


Illustration : CC BY-SA 3.0 Adrien Barbier.

Faut-il durcir le contrôle des chômeurs ?

Contrôle chômage

Un article de Sandrine Foulon pour Alternatives Économiques fait le tour de la question, alors qu’Emmanuel Macron a annoncé vouloir contrôler davantage les personnes sans emploi.

Un durcissement du suivi se ­justifie-t-il alors que Pôle emploi a déjà étoffé cette mission en 2015 ? 12 000 contrôles sont effectués tous les mois par 215 agents dédiés à cette activité. Le gouvernement veut multiplier par cinq les effectifs de ces contrôleurs. Il souhaiterait en outre qu’une autre graduation des sanctions soit mise sur la table.


Illustration : © Alternatives Économiques.

Ô Boulot : l’expo qui repense le travail

Ô boulot

Un article de Rémi Lévêque pour Usbek & Rica présente l’exposition « Ô Boulot », à découvrir au MAIF Social Club à Paris jusqu’en avril.

Bientôt, la robotisation et le numérique, couplés au désintéressement croissant pour certaines catégories professionelles modifieront considérablement le monde du travail tel que nous le connaissons. Pour ne rien arranger, selon une autre étude relayée par The Guardian, la robotisation permettrait de réduire de 90 % le coût du travail d’un salarié, quand la délocalisation diminue ce coup de « seulement » 65 %.

En s’appuyant sur ce constat, le Maif Social Club, espace parisien de « rencontre artistique et sociétale », propose de découvrir jusqu’au 28 avril 2018 une réflexion artistique sur la façon dont nous travaillerons demain.


Illustration : © MAIF.

Richesse : Pourquoi il faut bien redistribuer les cartes que l’on a mal distribuées

Seuil de pauvreté

Un article de Guy Valette tire le bilan du glissement progressif de la distribution des richesses du travail vers le capital et propose un revenu de base inconditionnel de l’ordre de mille euros pour assurer à chacun·e une existence digne.

Le financement de notre système social, adossé aux salaires par la cotisation, s’est dégradé progressivement pendant que la précarité et le chômage n’a cessé d’ augmenter. Bref le travail humain ne paie plus et les inégalités ne cessent d’augmenter. Le système économique n’intègre plus, au contraire il exclue et marginalise.

L’État tant bien que mal, au fil du temps, tente vainement de réparer les dégâts de ce capitalisme globalisé par toutes une série d’aides aux plus démunis, d’aides aux familles, d’aides à l’emploi, financées par l’impôt. Mais toutes ces aides spécifiques, ciblées, conditionnées, complexes à mettre en œuvre, n’arrivent pas à résoudre ni le problème de la pauvreté, ni le problème du chômage et de l’exclusion de l’activité économique. Au contraire, au lieu de renforcer la cohésion et la solidarité, on assiste à la  division de la société entre d’une part « le monde des assistés »  et d’autre part  les contributeurs, ceux qui  affirment « se lever tôt pour travailler« . Clivage qui développe la défiance, l’esquive et le ressentiment. Pendant qu’on continue à se chamailler sur des « petites inégalités » qui empoisonnent notre quotidien, les ultra-riches jouissent sans vergogne de leurs privilèges et vivent dans la démesure.

[…]

Pour son financement il n’est pas nécessaire de chercher bien loin : Ensemble nous sommes riches et nous pouvons assurer notre minimum vital.

  • Les revenus de l’ensemble de la population sont de 1 300 Milliards,
  • Le patrimoine privé net est de 11 500 milliards très inégalement répartis.

Ainsi par :

  • Une cotisation individuelle, se substituant à la C.S.G. et à l’impôt sur les revenus, sur l’ensemble des revenus d’activités et qui ne souffrirait aucune exemption, pourrait assurer une partie importante du financement.
  • Une taxe sur les patrimoines privés, dont la concentration atteint aujourd’hui des sommets, contribuerait à redistribuer à chacun de nouveaux atouts dans son jeu.
  • En ajoutant une cotisation sur l’excédent brut d’exploitation qui permettrait de mettre à contribution les machines ( le « travail mort » cher à Marx ) qui se substituent de plus en plus au travail humain. Cela allègerait du même coup le fardeau qui pèse sur les salaires par la suppression de la cotisation des allocations familiales devenue inutile.

Par exemple, avec une cotisation de 30 % en moyenne des revenus brut d’activité, une T.A.N. (Taxe sur l’Actif Net) de 1,5 % par an en moyenne, sur le patrimoine, une cotisation de 7,5 % de l’E.B.E. ( Excédent Brut d’Exploitation ) on peut financer un revenu d’existence de 750 € modulé tout au long de la vie. ( de 250 € à la naissance à 1000 € ) ( 2)

Administré par une caisse comme celle des allocations familiales. Il n’en coûterait rien au budget de l’État. Au contraire, le revenu universel remplaçant toutes les aides à l’emploi, à la famille, aux plus démunis, l’État pourrait se passer des ressources actuelles de l’Impôt sur le revenu, de la C.S.G. et de l’I.S.F.


Illustration : © Kurzgesagt.

La Finlande expérimente le revenu de base depuis un an maintenant. Quelles leçons en tirer ?

Finlande Hockey

Un article d’Audrey Duperon pour L’Express revient sur l’expérimentation menée en Finlande : un échantillon de personnes sans emploi perçoit actuellement un revenu sans condition.

[…] beaucoup objectent que les résultats de l’expérience finlandaise ne peuvent être représentatifs, parce que l’échantillon de bénéficiaires est bien trop réduit, et parce que le revenu de 560 € est trop faible pour permettre de vivre décemment. Néanmoins, il devrait apporter des réponses à d’autres questions sociales. En effet, la sécurité financière qu’il apporte peut peut-être réduire l’anxiété et le stress au point d’avoir un impact visible sur le plan de la santé.


Illustration : © Timothy A. Clary / AFP.

En Lorraine, une entreprise a été créée pour embaucher tous les chômeurs du coin

Territoire zéro chômeur

Un article de Laura Wojcik pour Partage Social Club revient sur l’initiative « territoire zéro chômeur » à Colombey-les-Belles, avec le témoignage de quelques bénéficiaires, un an après le coup d’envoi du dispositif.

« Si vous avez un enfant qui doit aller à l’école, vous ne vous demandez pas s’il y a de la place à l’école, simplifie Bertrand Deligny, président de La Fabrique. Et ben nous on fait exactement la même chose pour les chômeurs de longue durée. Ils ne doivent pas se poser la question de savoir s’il y a du travail. Il y en a. »

Cette machine à fournir des emplois a été créée dans le cadre de l’expérimentation nationale « zéro chômeur de longue durée » qui concerne 10 zones tests en France. Le financement public du projet est garanti depuis février 2016 grâce à une loi votée à l’unanimité à l’Assemblée nationale et au Sénat.

L’idée est née au sein de l’association ATD Quart Monde au milieu des années 90. À partir de trois constats :

  • Le travail existe puisque chaque territoire présente une liste de besoins non satisfaits. Exemple : le nettoyage des cimetières municipaux, l’entretien des forêts locales ou des missions d’aide à la personne.
  • Chaque chômeur de longue durée possède des compétences pour assurer ces tâches.
  • L’argent ne manque pas non plus. Les nouveaux emplois sont financés en piochant dans les dépenses publiques autrefois vouées à compenser l’inactivité professionnelle. Une enveloppe qu’ATD Quart Monde estime à 18 000 € par an et par chômeur de longue durée.

Illustration : © Partage Social Club.

Journée de rencontres/échanges « Tout le monde déteste le travail »

Tout le monde déteste le travail

Une journée de rencontres et d’échanges se tient le 27 janvier à la bourse du travail à Paris autour du travail. Pour qui en a, en cherche, l’évite, s’organise au delà…

Et si l’on suivait cette intuition : dans l’économie si politique qui nous tient, il importe au fond moins de produire des marchandises ou des services que de produire cette forme : les travailleurs. Cette forme de vie qui nous imprime un certain rapport à soi, aux autres et au monde dont on peine tant à se déprendre.

Sous le Macronomicon, cette forme prend sans surprise un nouveau design : les angles et les courbes de l’auto-entrepreneur, de « l’indépendante » — dans sa version premium. L’être qui se doit à la fois d’être le producteur, le produit et le service commercial du produit qu’il vend, à savoir lui-même.

En version standard, la nôtre, bienvenue dans l’existence du… crevard !

Programme :

Dans l’auditorium · Rencontres & débats ouverts

9H30 · 12H « Ressource humaine toi-même ! » ou le néo-management comme art de gouverner. Avec Danièle Linhart, sociologue, des employés syndicalistes SUD en lutte d’Orange et de Lidl et Patrick Cingolani, également sociologue.

12H30 · 15H « Fin du travail, vie sous contrôle » ou l’offensive technologique du capital. Avec Detlef Hartmann, avocat et militant, la campagne « Make Amazon pay ! », Ariel Kyrou, adepte du revenu universel, Callum Cant, livreur Deliveroo, membre du syndicat IWGB, le collectif du CLAP des livreurs « autoentrepreneurs » et le collectif Blablagrève, plateforme de défense des travailleuses/eurs.

15H · 17H30 « S’organiser au delà du salariat » Une assemblée autour de la question « De quels moyens avons-nous besoin de nous doter ? Quels obstacles nous faut-il renverser ? » Avec des camarades de la ZAD et des UD syndicales de Nantes, Matthieu Hély, sociologue et des salariés syndiqués du secteur associatif autour du vrai visage de l’économie sociale
et solidaire.

Dans la salle de réunion · Interventions & rencontres

9H30 · 10H30 « Le travail sans capitalistes ni rentiers : débat autour de quelques propositions misarchistes » avec Emmanuel Dockès.

10H30 · 11H30 « Sortir les parasols » avec Frédéric Lordon.

11H30 · 12H30 « Le sens du combat » avec Sidi Mohammed Barkat.

12H30 · 13H30 « La religion industrielle : de la matrice monacale à l’empire
du management » avec Pierre Musso.

13H30 · 14H30 « Autonomie italienne et refus du travail » avec Franco Piperno.

14H30 · 15H30 « Refus du travail et illégalité en France dans les années 1970/80 » par Alèssi Dell’Umbria.

15H30 · 16H30 « Au bal des actifs : la science-fiction face au futur du travail » avec Zanzibar (Alain Damasio, Catherine Dufour, Norbert Merjagnan…).

16H30 · 17H30 « Les boulots de merde : partage d’expériences », avec Olivier Cyran.

Dans les couloirs, les halls & trois petites salles

Projections de fims et documentaires sur le travail, clameurs vocales, cut-up, fictions radiophoniques du collectif Zanzibar sur l’avenir du travail, atelier de création de récits, atelier de confection d’affiches, rencontres approfondies et discussions informelles.

Puis une soirée festive à Aubervilliers.


Illustration : © Chasse aux DRH.

La Dotation Universelle d’Autonomie

La Dotation Universelle d’Autonomie

Un article de Bruno Bourgeon pour L’Association initiatives dionysiennes présente et argumente l’idée d’un revenu de base dans une perspective altermondialiste.

Le revenu de base sous toutes ses formes est clairement une réforme nécessaire pour remettre à plat tout le système social, pour revenir aux bases et faire en sorte que personne ne soit victime des « accidents » de la vie, sans bénéficier de la solidarité nationale.

Un pays ruiné et a moitié démoli a su le faire, sans compromettre, bien au contraire, son relèvement, tout en menant 17 ans de guerres coloniales d’un coût exorbitant,qui peut croire que la 6ème puissance mondiale actuelle en soit incapable ? Non, c’est l’imaginaire de la classe dominante qui déteint, toujours cette peur des pauvres qu’on dissimule derrière leur soit-disant incapacité à être autonomes si on leur en donne les moyens.


Illustration : © Kurzgesagt.