« Gagner sa vie » : plongée dans le revenu de base à visage humain

Un article de Guillaume Ledit pour Usbek & Rica pré­sente Gagner sa vie, la nou­velle série docu­men­taire d’Arte consa­crée au reve­nu de base.

« Quand j’ai com­men­cé à réflé­chir sur le sujet il y a plus de deux ans, donc avant la pré­di­sen­tielle, j’ai eu une réac­tion vio­lente à l’idée de don­ner de l’argent contre rien », nous explique Margaux Missika. Ce ques­tion­ne­ment per­son­nel mêlé à sa for­ma­tion en éco­no­mie et socio­lo­gie l’a conduit à tra­vailler le sujet, et à vou­loir le rendre « intime » : « J’ai fait cinq ans d’économie, et la matière est très dif­fi­cile à trai­ter. On met sou­vent experts contre experts, chiffres contre chiffres. Alors que l’intéressant pour moi, c’est le débat phi­lo­so­phique qu’il y a der­rière ces ques­tions. L’idée c’était de mon­trer que ce débat concerne tout le monde ».

Des épi­sodes à regar­der dans l’ordre de son choix, sur dif­fé­rents aspects du reve­nu de base :

  • Le tra­vail c’est la vie : que se passe‐t‐il quand le tra­vail n’est plus ce qui occupe notre vie, mais ce qui la menace ?
  • Le pou­voir de l’argent : le reve­nu de base serait la nou­velle solu­tion pour éra­di­quer la pau­vre­té, mais qui doit payer ?
  • Main dans la main : dans un monde sans tra­vail, est ce qu’on se sen­ti­ra libé­ré ou limi­té par les robots qui nous auront rem­pla­cés ?
  • Le contrat social : si l’État n’est pas en mesure de finan­cer un reve­nu uni­ver­sel à tout le monde, alors qui devrait rece­voir quoi ?
  • La belle vie : que se passe‐t‐il réel­le­ment quand des gens reçoivent de « l’argent gra­tuit » sur la durée ?
  • L’utopie des réa­listes : même dans un endroit où l’argent pousse sur les arbres, est‐on prêt à tout par­ta­ger avec ses voi­sins ?
  • L’État sans État : dans un futur où le reve­nu uni­ver­sel serait une réa­li­té, aura‐t‐on encore besoin des États ?

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Illustration : © Arte.

La Chine lance un programme pour remplacer ses fermiers par des robots

Un article de Mathilde Simon pour Usbek & Rica pré­sente l’ambitieuse expé­ri­men­ta­tion de robo­ti­sa­tion agri­cole lan­cée dans la région de Jiangsu.

L’objectif est sur­tout de per­mettre de meilleurs ren­de­ments à moindre coût. Dans le cadre d’un repor­tage sur l’industrialisation de l’économie agro­nome chi­noise, National Geographic a ren­con­tré en février Liu Lin. Le jeune entre­pre­neur y raconte que ses machines euro­péennes et amé­ri­caines per­mettent de pro­duire, en quatre heures, le tra­vail que 30 tra­vailleurs auraient mis une ving­taine de jours à faire. Le tout mani­pu­lable depuis un smart­phone.

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Illustration : © Shutterstock.

L’Ontario annule une expérimentation du revenu de base

Un article de Mathilde Simon pour Usbek & Rica revient sur l’expérimentation de reve­nu mini­mum en Ontario et son annu­la­tion par le nou­veau gou­ver­ne­ment de la pro­vince.

Après avoir lais­sé entendre au cours de sa cam­pagne qu’il n’y tou­che­rait pas, le gou­ver­ne­ment cana­dien assure, de son côté, que ce pro­gramme n’est pas viable car trop oné­reux. « Ce n’est clai­re­ment pas la solu­tion pour les familles de l’Ontario », insis­tait MacLeod lors de l’annonce publique.

Aucun chiffre ni étude n’accompagnait l’annonce, et aucune nou­velle pro­po­si­tion n’était faite pour réduire la pau­vre­té. Simplement une pro­messe que le gou­ver­ne­ment ferait en sorte de mettre fin au pro­gramme de manière « éthique ».

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Illustration : Flickr.

Pourquoi il faut soutenir les livreurs UberEats, Deliveroo, etc.

Une tri­bune de Fabien Benoit pour Usbek & Rica cri­tique les pla­te­formes pré­da­trices qui inves­tissent tou­jours plus de mar­chés, semant la pré­ca­ri­té et l’exploitation dans leur sillage.

Ces ques­tions ne sont pas ano­dines, loin s’en faut. Elles rap­pellent le carac­tère radi­cal, rapace et car­nas­sier du capi­ta­lisme numé­rique d’inspiration cali­for­nienne. Elles nous rap­pellent que ces entre­prises de la « nou­velle éco­no­mie », comme on disait autre­fois, s’attaquent à tout ce qui res­semble de près ou de loin à de la soli­da­ri­té, du par­tage, de la jus­tice, qu’elles exploitent cyni­que­ment les failles du sys­tème et la fai­blesse des tra­vailleurs. Elles n’ont que faire du col­lec­tif et des indi­vi­dus. Et elles n’entendent pas spé­cia­le­ment res­pec­ter les lois.

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Illustration : © Usbek & Rica.

Et si l’on se débarrassait une fois pour toutes de l’emploi ?

Une tri­bune de Daniel Kaplan pour Usbek & Rica, la troi­sième de la série « Boulofictions », pose la ques­tion sui­vante : si les robots se sub­sti­tuent aux humains dans la plu­part des tâches, que pourrions‐nous bien faire de nos vies ?

Il serait évi­dem­ment pré­fé­rable de se remettre en quête du sens de ce que l’on nomme encore aujourd’hui « tra­vail ». On ne peut cepen­dant pas s’en tirer par des expres­sions toutes faites telles que « créa­ti­vi­té » ou « empa­thie », puisqu’on fait aujourd’hui toutes sortes d’efforts pour doter les robots et les IA de ce type de capa­ci­tés.

Alors, où trou­ver ce sens ? D’abord en soi, comme une forme d’expression, de réa­li­sa­tion de soi par le biais d’une forme de pro­duc­tion, pas néces­sai­re­ment mar­chande, voire de liber­té par rap­port à la consom­ma­tion…


Illustration : © Usbek & Rica.

Et si la robotisation précédait le robot ?

Une tri­bune de Daniel Kaplan pour Usbek & Rica pour­suit son explo­ra­tion du pro­jet col­la­bo­ra­tif WORK+, cette fois en s’interrogeant sur les robots : d’où viennent‐ils, où vont‐ils, que veulent‐ils – ou plu­tôt, de quelles inten­tions sont‐ils les outils ?

Les robots n’apparaissent pas spon­ta­né­ment dans les entre­prises. Ils sont le pro­duit de déci­sions déli­bé­rées et coû­teuses qui s’inscrivent dans un mou­ve­ment enga­gé depuis des décen­nies : tay­lo­ri­sa­tion, inter­con­nexion glo­ba­li­sée des chaînes d’approvisionnement, exter­na­li­sa­tion de fonc­tions de plus en plus nom­breuses et essen­tielles, for­ma­li­sa­tion tou­jours plus pous­sée des pro­ces­sus et des indi­ca­teurs de per­for­mance…

Le robot cou­ronne la réa­li­sa­tion d’un pro­gramme dont la fonc­tion semble être de sub­sti­tuer aux rela­tions entre humains (col­la­bo­ra­teurs, clients, four­nis­seurs…) des rela­tions entre enti­tés et fonc­tions, repré­sen­tées par les sys­tèmes d’information et com­mu­ni­quant au tra­vers de contrats et d’interfaces pro­gram­mées.


Illustration : © Usbek & Rica.

Comment la fiction nous aide‐t‐elle à penser les futurs du travail ?

Une tri­bune de Daniel Kaplan pour Usbek & Rica pré­sente le pro­jet col­la­bo­ra­tif WORK+ : 150 « frag­ments » fic­tion­nels et artis­tiques autour de l’avenir du tra­vail.

Ces maté­riaux traitent éga­le­ment de beau­coup d’autres sujets que le rap­port entre tra­vailleurs humains et robots : le quo­ti­dien du tra­vail, la forme et le rôle des entre­prises, ses espaces et ses temps, son sens ou son absence de sens, son rôle dans l’acquisition d’un sta­tut social, ou encore les nou­velles formes d’exploitation (du tra­vail ultra­pré­caire sur les pla­te­formes numé­riques aux mères pon­deuses du roman et de la série La Servante écar­late), les com­pé­tences et savoir‐faire du futur, la pers­pec­tive du reve­nu uni­ver­sel ou bien de nou­velles mon­naies


Illustration : © Usbek & Rica.

Alain Damasio : « Il faut rendre à nouveau la révolution désirable »

Un entre­tien d’Alain Damasio avec Guillaume Ledit d’Usbek & Rica revient sur les rai­sons qui poussent l’écrivain à s’engager. Au som­maire notam­ment : le tra­vail, la tech­no­lo­gie et le reve­nu uni­ver­sel.

Dans une interview autour de l’exposition « Extravaillance », vous estimiez qu’il fallait « faire le deuil d’une conception totalement absurde du travail ». Comment passer dans le « postcapitalisme » que vous appelez de vos voeux ? Et en se projetant, à quoi pourrait ressembler le travail et les travailleurs à l’horizon 2030 ?

La réponse la plus facile aujourd’hui, à mon sens, c’est le reve­nu uni­ver­sel. Avec toutes les équi­voques de la mesure et l’ampleur du piège que ça peut repré­sen­ter en terme de contrôle accru des popu­la­tions. Il y aura là un vrai com­bat s’il est mis en place, notam­ment parce que la droite va ten­ter d’y inté­grer le maxi­mum d’allocations et de le fixer au niveau le plus bas. Ce com­bat doit être mené, mais je pense qu’il y a un seuil de reve­nu men­suel où on pour­rait se retrou­ver délié de l’obligation de tra­vailler.

On est arri­vé à un stade où l’humanité est en mesure, grâce aux évo­lu­tions tech­niques notam­ment, de cou­per le lien entre reve­nu et mérite : on mérite d’être rému­né­ré même en ne tra­vaillant pas. Si on coupe cette alié­na­tion fon­da­men­tale sur laquelle repose une par­tie de la force du capi­ta­lisme, on libère un temps cru­cial pour les gens, qui peuvent alors s’occuper des autres ou mili­ter, créer, géné­rer des alter­na­tives et du vivant.


Illustration : CC BYSA 3.0 Adrien Barbier.

Ô Boulot : l’expo qui repense le travail

Un article de Rémi Lévêque pour Usbek & Rica pré­sente l’exposition « Ô Boulot », à décou­vrir au MAIF Social Club à Paris jusqu’en avril.

Bientôt, la robo­ti­sa­tion et le numé­rique, cou­plés au dés­in­té­res­se­ment crois­sant pour cer­taines caté­go­ries pro­fes­sio­nelles modi­fie­ront consi­dé­ra­ble­ment le monde du tra­vail tel que nous le connais­sons. Pour ne rien arran­ger, selon une autre étude relayée par The Guardian, la robo­ti­sa­tion per­met­trait de réduire de 90 % le coût du tra­vail d’un sala­rié, quand la délo­ca­li­sa­tion dimi­nue ce coup de « seule­ment » 65 %.

En s’appuyant sur ce constat, le Maif Social Club, espace pari­sien de « ren­contre artis­tique et socié­tale », pro­pose de décou­vrir jusqu’au 28 avril 2018 une réflexion artis­tique sur la façon dont nous tra­vaille­rons demain.


Illustration : © MAIF.

Accélérationnisme : à vos Marx, prêts, foncez !

Un article de Damien Dubuc dans Usbek & Rica pré­sente la pen­sée « accé­lé­ra­tion­niste » d’Alex Williams et Nick Srnicek.

« Ne croyons jamais que la tech­no­lo­gie suf­fi­ra à nous sau­ver », mettent cepen­dant en garde Williams et Srnicek, qui veillent à ne pas pas­ser pour les grou­pies d’une Silicon Valley techno‐béate, ni pour les héri­tiers des futu­ristes ita­liens du début du XXe siècle, qui s’emballaient pour la moindre machine vrom­bis­sante (avant de se com­pro­mettre avec le fas­cisme). « Alors que les techno‐utopistes pro­meuvent l’accélération parce qu’elle sup­plan­te­rait auto­ma­ti­que­ment les conflits sociaux, nous esti­mons que la tech­no­lo­gie devrait être accé­lé­rée afin de nous aider à gagner ces conflits sociaux », sou­lignent les accé­lé­ra­tion­nistes. Pourtant, quelques lignes plus loin, les deux hommes assurent que « seule une poli­tique pro­mé­théenne de maî­trise maxi­male sur la socié­té et son envi­ron­ne­ment peut per­mettre de faire face aux pro­blèmes glo­baux ou d’atteindre une vic­toire sur le capi­tal ».

Contradictoire ? La nuance est plus fine : à rebours d’une gauche obnu­bi­lée par l’idée d’un sou­lè­ve­ment brusque sui­vi de la recons­truc­tion ex nihi­lo d’un monde plus juste, l’accélérationnisme assure que « l’infrastructure actuel­le­ment exis­tante ne consti­tue pas les tré­teaux capi­ta­listes d’une scène à abattre, mais un trem­plin sur lequel s’élancer vers une socié­té post­ca­pi­ta­liste ». Autrement dit, on peut faire beau­coup mieux avec ce qu’on a déjà sous la main. Dans leur ouvrage Inventing the Future : Postcapitalism and a World Without Work, qui creuse le pro­pos du mani­feste, Williams et Srnicek appellent clai­re­ment à libé­rer l’humanité du tra­vail grâce à une auto­ma­ti­sa­tion géné­ra­li­sée, cou­plée à la mise en place d’un reve­nu uni­ver­sel.Damien Dubuc

Source : Accélérationnisme : à vos Marx, prêts, fon­cez !, Damien Dubuc dans Usbek & Rica.


Illustration : © Usbek & Rica.