Green New Deal : le revenu de base universel pourrait rendre possible la transition écologique

Cette tri­bune de Fabian Schuppert pose le reve­nu de base uni­ver­sel comme préa­lable à une tran­si­tion éco­lo­gique réus­sie.

D’ici dix ans, les États‐Unis devraient avoir aban­don­né les éner­gies fos­siles et s’approvisionner à 100 % en éner­gies renou­ve­lables. C’est ce que réclame une péti­tion signée par plus de 600 per­sonnes et adres­sée au Congrès le 10 jan­vier 2019.

Les signa­taires demandent éga­le­ment l’isolation de tous les bâti­ments du pays pour éco­no­mi­ser l’énergie, ain­si que l’élimination des émis­sions de gaz à effet de serre issus de l’industrie, de l’agriculture et des trans­ports. Des objec­tifs très ambi­tieux si l’on veut les atteindre d’ici 25 ans. Si c’est d’ici dix ans, il nous fau­dra non seule­ment une tran­si­tion éco­lo­gique, mais aus­si une révo­lu­tion éco­lo­gique.

Les signa­taires le savent, c’est pour­quoi iels pro­posent que l’État fédé­ral soit le fer de lance de cette révo­lu­tion et devienne le finan­ceur prin­ci­pal de ce « Green New Deal ». Mais en pra­tique, à quoi cela pourrait‐il res­sem­bler, et com­ment l’économie serait‐elle trans­for­mée ?

Un « New Deal » pour les travailleur·euses

Ce « Green New Deal » néces­si­te­rait une poli­tique gou­ver­ne­men­tale aux anti­podes de l’austérité. Au lieu d’une fis­ca­li­té réduite, l’État devrait inves­tir mas­si­ve­ment pour trans­for­mer pro­fon­dé­ment la socié­té et l’économie. En accord avec les pré­ceptes de la Modern Monetary Theory (voir ici en fran­çais), qui consi­dère d’ailleurs la dette publique comme nor­male voire sou­hai­table, à condi­tion qu’elle contri­bue à une éco­no­mie du bien com­mun et favo­rise l’activité éco­no­mique.

Les gou­ver­ne­ments et les banques cen­trales devraient uti­li­ser la dépense publique pour réduire le chô­mage et finan­cer des mesures clés : décar­bo­ner l’économie, construire des trans­ports en com­mun élec­triques, iso­ler les bâti­ments… Cela entraî­ne­rait natu­rel­le­ment une aug­men­ta­tion notable de la dette publique. Le gou­ver­ne­ment devrait alors éga­le­ment aug­men­ter les impôts, en par­ti­cu­lier sur la for­tune, le capi­tal et les socié­tés.

Les travailleurs·euses des indus­tries pol­luantes, telle que l’extraction du char­bon, ne sou­tien­dront pas une tran­si­tion éco­lo­gique qui les laisse sur le car­reau. DmyTo / Shutterstock.

En plus de consti­tuer le prin­ci­pal bailleur de fonds de la tran­si­tion, l’État consti­tue­rait éga­le­ment un employeur en der­nier recours, puisque le « Green New Deal » devrait assu­rer un emploi à chacun·e. C’est une pro­messe très ambi­tieuse, notam­ment car on peut attendre des des­truc­tions d’emplois mas­sives dans les indus­tries dépen­dantes des éner­gies fos­siles. L’industrie du char­bon ne serait pas la seule tou­chée : de nom­breux travailleurs·euses de l’industrie auto­mo­bile, de la sidé­rur­gie, de l’agriculture inten­sive et de l’industrie ali­men­taire ver­raient aus­si leurs emplois dis­pa­raître.

Bien sûr, on peut éga­le­ment attendre de la tran­si­tion éco­lo­gique des créa­tions mas­sives d’emplois, mais deux pro­blèmes demeurent. Les travailleurs·euses pourront‐iels béné­fi­cier rapi­de­ment de for­ma­tions adap­tées pour occu­per ces nou­veaux postes, ou bien les com­pé­tences requises seront‐elles radi­ca­le­ment dif­fé­rentes ? Ces nou­veaux emplois éco­lo­giques seront‐ils durables, ou y aura‐t‐il une « bulle verte » pen­dant la tran­si­tion, sui­vie d’une explo­sion entraî­nant un chô­mage mas­sif ?

Revenu de base universel écologique

À court et à moyen terme, atteindre le plein emploi semble de fait irréa­liste, à moins que l’État ne force la popu­la­tion à occu­per n’importe quel emploi, à n’importe quel prix. Un « Green New Deal » devrait au contraire se don­ner comme prio­ri­té l’instauration d’un reve­nu de base uni­ver­sel afin de don­ner à la popu­la­tion les moyens de refu­ser de mau­vaises condi­tions de tra­vail et des emplois sous‐payés .

L’idée d’un reve­nu de base uni­ver­sel est simple. Au lieu de ver­ser des pres­ta­tions sociales sous condi­tions de res­sources aux per­sonnes sans emploi, l’État ver­se­rait à chaque membre de la socié­té un reve­nu de base tous les mois. L’argent pro­vien­drait de la fusion de cer­tains dis­po­si­tifs condi­tion­nels actuels et de la taxa­tion des nou­velles acti­vi­tés éco­no­miques, comme l’industrie de la tran­si­tion éco­lo­gique. Dans un sys­tème où toute per­sonne n’est pas en mesure d’accéder à un emploi décent, ce reve­nu de base cou­vri­rait les besoins de base et per­met­trait aux per­sonnes de mener d’autres acti­vi­tés enri­chis­santes, au‐delà de l’emploi.

Une per­sonne fait la queue pour pos­tu­ler au nou­veau « salaire de citoyen­ne­té » ita­lien – un essai de reve­nu mini­mum qui a débu­té le 6 mars 2019. EPA‐EFE / Alessandro Di Marco.

L’introduction d’un reve­nu de base uni­ver­sel faci­li­te­rait la tran­si­tion éco­lo­gique. Car un « Green New Deal » radi­cal ne doit pas punir les travailleurs·euses de l’économie actuelle, gour­mande en éner­gie fos­sile. En octroyant à ces per­sonnes qui risquent fort de perdre leur emploi un filet de sécu­ri­té garan­ti, on gagne­rait leur sou­tien à la tran­si­tion éco­lo­gique. Et l’on s’assurerait éga­le­ment que les per­sonnes les plus vul­né­rables à ces trans­for­ma­tions d’ampleur ne soient pas laissé·es sur le bas‐côté.

Au lieu de créer des emplois d’État ayant pour unique but d’assurer à chacun·e un poste, l’État pour­rait don­ner à sa popu­la­tion les moyens de mener une vie digne dans le cadre de la tran­si­tion éco­lo­gique. Un reve­nu de base uni­ver­sel pour­rait octroyer aux citoyen·nes du temps pour par­ti­ci­per à la vie de la com­mu­nau­té, autant d’activités enri­chis­santes qui ne génèrent pas de pro­fit mais ont une valeur sociale impor­tante. Réduire les longues files de voi­tures des tra­jets domicile‐travail pour aug­men­ter d’autant les jar­dins par­ta­gés où l’on cultive de la nour­ri­ture ou bien où l’on pro­fite sim­ple­ment de la nature, voi­là qui pour­rait sym­bo­li­ser un nou­veau mode de vie.

Un reve­nu de base uni­ver­sel éle­vé rédui­rait le stig­mate du tra­vail non rému­né­ré comme le tra­vail domes­tique, le soin et le béné­vo­lat dans les arts et le social. Il per­met­tait aus­si aux per­sonnes de refu­ser des emplois nui­sibles à l’environnement ou sous‐payés. Un reve­nu décor­ré­lé du tra­vail sala­rié entraî­ne­rait de nou­veaux flux moné­taires dans l’économie, bri­sant le cycle de pro­duc­tion et de consom­ma­tion, très gour­mand en éner­gie et res­pon­sable d’une grande par­tie des émis­sions car­bo­nées.

Pour que l’idée d’un « Green New Deal » s’impose dans la socié­té, ses retom­bées doivent être vrai­ment uni­ver­selles. Quel meilleur moyen de garan­tir une tran­si­tion éco­lo­gique juste, et de veiller à ce que per­sonne ne reste sur le bord de la route, que le reve­nu de base uni­ver­sel ?


Traduction d’un article de Fabian Schuppert ini­tia­le­ment publié sur The Conversation. License : CC‐BY‐ND. Illustration : Kit8​.net/​S​h​u​t​t​e​r​s​t​ock.

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