Force Ouvrière affirme son opposition au revenu de base

La résolution générale adoptée par le syndicat lors de son récent congrès désapprouve totalement le revenu sans condition.

Face à un tel développement de la précarité, l’idée consistant à vouloir que l’État alloue à chaque citoyen, sans conditions, une somme fixe tous les mois est désormais dans l’air du temps. Sur un plan budgétaire, en pleine période d’austérité, la mise en place d’un revenu universel comme filet de sécurité minimal via le versement d’une somme peu élevée serait utilisée afin de réduire les obligations de l’État à leur portion congrue. Cela aurait également pour objectif de mettre un terme au système de prestations du pays, aux modèles actuels de redistribution et de solidarité ainsi qu’aux éventuels phénomènes d’assistanat que notre système de protection sociale engendrerait. Force Ouvrière ne soutiendra aucune mesure, même modeste, vers un revenu universel qui, de fait et par nature, a pour objectif de réduire drastiquement les aides nécessaires voire de détruire notre modèle social collectif et redistributif. Le Congrès s’oppose à une fusion des minima sociaux qui, sous prétexte de « simplification », aboutirait à un « solde de tout compte » de l’État, et ainsi à l’abandon des politiques d’insertion, considérant de fait qu’une part importante de la population n’ait plus à s’intégrer dans la société par le travail. Mettre en place un revenu de base reviendrait à capituler face aux formes d’emplois atypiques, le sous-emploi permanent devenant une norme acceptable et acceptée au nom d’un pseudo-principe de réalité et de justice, et d’une inéluctable « ubérisation » de la société. Sous la pression du patronat qui exige depuis plusieurs années de libérer le marché du travail ou de financer la protection sociale par l’impôt et non plus par les cotisations, instaurer un revenu de base signerait l’institutionnalisation de la précarité et la fin de toutes les constructions collectives, fruits d’un siècle de luttes syndicales. Dans l’historique confrontation capital/travail, il consacrerait la victoire des détenteurs du capital sur les forces du travail. Parce qu’un revenu d’existence ne pourrait suffire à vivre dignement, les travailleurs, loin de pouvoir s’en affranchir, resteraient tributaires d’un marché du travail ultra-flexibilisé, dans le-quel ils n’auraient plus de prise et peu de droits, vision de survie que le Congrès refuse d’avaliser.

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Illustration : CC BY-NC 2.0 F. Blanc.

1 réflexion sur “Force Ouvrière affirme son opposition au revenu de base”

  1. Attention ! Les syndicats sont opposés à l’idée de revenu de base parce qu’ils vivent du système actuel, surtout en France où ils sont complètement politisés, et ils ont besoin que perdure l’aliénation du travail pour que les travailleurs continuent à avoir besoin d’eux.

    C’est presque une question de logique. Si chaque individu devient totalement libre grâce à un socle couvrant les besoins primaires, le chantage à l’emploi disparaîtra et l’individu sera de facto, psychologiquement, beaucoup plus armé pour négocier face à un employeur, qui ne pourra ainsi plus l’exploiter comme il le souhaite. L’idée même de « salariat » est compromise et cela fait peur à beaucoup de monde.

    Les fonctionnaires actuellement déployés pour protéger les travailleurs mais aussi pour s’assurer de remettre les chômeurs sur le marché du travail, voient tout simplement leur carrière professionnelle et leurs privilèges mis à mal si on change de système. Leur rôle est donc ici de s’assurer que rien ne change.

    D’ailleurs, reprenons et décortiquons l’argumentaire ici invoqué, depuis le début, qui, on peut le constater, est assez analogue à celui de l’extrême-gauche. Le principal argument énoncé confirme ce que je disais précédemment :

    « Sur un plan budgétaire, en pleine période d’austérité, la mise en place d’un revenu universel comme filet de sécurité minimal via le versement d’une somme peu élevée serait utilisée afin de réduire les obligations de l’État à leur portion congrue. »

    -> En langage plus honnête, cela signifierait que le revenu universel aplanierait en tous les cas au moins certaines des prestations sociales actuelles, devenues inutiles. Et sans chantage à la faim, l’Etat serait en effet moins sollicité. On y voit manifestement un problème ici ; ce qui intéresse Force Ouvrière n’est donc pas le bien-être de l’individu, mais la pression et le pouvoir de l’Etat.

    « Cela aurait également pour objectif de mettre un terme au système de prestations du pays, aux modèles actuels de redistribution et de solidarité ainsi qu’aux éventuels phénomènes d’assistanat que notre système de protection sociale engendrerait. Force Ouvrière ne soutiendra aucune mesure, même modeste, vers un revenu universel qui, de fait et par nature, a pour objectif de réduire drastiquement les aides nécessaires voire de détruire notre modèle social collectif et redistributif. »

    -> Tout est dit ici, ce syndicat, n’aurait pas du tout intérêt à ce que les prestations soient simplifiées. Quitte à conserver un système bureaucratique, cartésien et de plus en plus inefficace, avec lequel de plus en plus d’individus, parce qu’on les considère comme n’étant pas assez pauvres, sont exclus, marginalisés et donc livrés à eux-mêmes. Un modèle social qui n’a plus rien de collectif ni de redistributif, et c’est là que l’hypocrisie de la gauche conservatrice voire réactionnaire, qui ne veut rien changer, atteint son apogée.

    « Le Congrès s’oppose à une fusion des minima sociaux qui, sous prétexte de « simplification », aboutirait à un « solde de tout compte » de l’État, et ainsi à l’abandon des politiques d’insertion, considérant de fait qu’une part importante de la population n’ait plus à s’intégrer dans la société par le travail.  »

    -> En effet, donc ce qui inquiète Force Ouvrière c’est bien que l’individu s’insère de lui-même et d’une autre manière que le travail, ou notamment, l’emploi (puisqu’il s’agit de dissocier ces deux notions pour comprendre un tant soit peu ce que vise aussi le revenu universel). Or, là encore une fois, cela prouve que l’intérêt de ce syndicat ne coïncide pas du tout avec l’émancipation de l’individu. Il y voit au contraire un danger.

    Venons-en maintenant au second argument, tout-à-fait classique et typique de l’extrême-gauche là encore :

    « Mettre en place un revenu de base reviendrait à capituler face aux formes d’emplois atypiques, le sous-emploi permanent devenant une norme acceptable et acceptée au nom d’un pseudo-principe de réalité et de justice, et d’une inéluctable « ubérisation » de la société. »

    -> Manifestement, ces gens ne semblent pas (vouloir) comprendre, par mauvaise foi sans doute, que le revenu universel est d’abord et avant tout un socle inconditionnel permettant de couvrir les besoins primaires. Dans la logique des communistes, qui sont par définition ultra-travaillistes, on parle de « sous-emploi ». Or, justement, c’est méconnaître complètement la nature et l’objectif du revenu universel que de le réduire à une forme d’emploi. Au contraire, s’il y a certes plusieurs versions de revenu universel théorisées, la plupart s’accordent sur l’idée qu’il devrait être cumulable au salaire, et non substitutif. D’ailleurs, s’il avait vocation à remplacer le salaire et à empêcher l’individu de gagner davantage en travaillant, il perdrait tout son sens. Ici on est donc dans le raccourci et la désinformation.

    « Sous la pression du patronat qui exige depuis plusieurs années de libérer le marché du travail ou de financer la protection sociale par l’impôt et non plus par les cotisations, instaurer un revenu de base signerait l’institutionnalisation de la précarité et la fin de toutes les constructions collectives, fruits d’un siècle de luttes syndicales. »

    -> On en a la confirmation ici, tout est vu par le prisme de la lutte des classes et s’inscrit dans une logique de conservation anachronique d’acquis sociaux, derrière une sorte de culpabilisation de toute velléité d’évolution ; « vos parents ont travaillé dur pour avoir ces acquis ». Une fois qu’on a dit cela, naturellement, on a tué tout débat sur la pertinence « d’acquis » lorsque le monde change. On interdit tout débat sur la mutation des protections sociales et on se fixe sur un logiciel passéiste au nom de tout le travail qui a été fait pour y arriver. C’est comme si, moi en tant qu’entrepreneur dans l’horlogerie, je disais que mes employés quinquagénaires avaient travaillé dur pour développer la première montre, et que du coup, il fallait s’interdire de développer des montres tactiles et numériques, car c’était une remise en cause du travail fait par ces mêmes employés il y a 10-20 ans. On est ici dans le conservatisme stérile, béat et stupide. Et quand on voit l’état et le degré d’adéquation du modèle social d’après-guerre avec le monde d’aujourd’hui, je pense que l’autosatisfaction de ces gens relève, au mieux, d’une certaine déconnexion de la réalité.

    « Dans l’historique confrontation capital/travail, il consacrerait la victoire des détenteurs du capital sur les forces du travail. Parce qu’un revenu d’existence ne pourrait suffire à vivre dignement, les travailleurs, loin de pouvoir s’en affranchir, resteraient tributaires d’un marché du travail ultra-flexibilisé, dans le-quel ils n’auraient plus de prise et peu de droits, vision de survie que le Congrès refuse d’avaliser. »

    -> Vu sous cet angle-là, très réducteur et caricatural, il est évidemment pratique d’agiter cet argument. Sauf que c’est de la mauvaise foi, car les opposants en questions ne semblent pas vouloir intégrer qu’il y a plusieurs versions de revenu universel, et que si on le souhaite, un revenu universel pourrait suffire à couvrir les besoins primaires de l’individu. Individus qui, s’ils veulent s’enrichir, pourraient toujours trouver un emploi, là encore avec des garde-fous légaux qui éviteraient les dérives comme celle consistant à baisser les salaires.

    Bref, aucun argument consistant, donc, de la part de Force Ouvrière, qui, pour tenter de justifier son opposition à une nouvelle protection sociale dangereuse pour ses intérêts corporatistes, fait de l’incantation et du procès d’intention par rapport à une idée qu’elle n’a, sans doute, pas voulu étudier.

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