Thomas Piketty détaille davantage « Le capital au XXIe siècle » et ses liens avec le Revenu de Base

Plusieurs articles d’une revue d’étude sur le reve­nu de base détaillent les liens entre le livre de Thomas Piketty et le reve­nu uni­ver­sel.

Après le reten­tis­sant suc­cès com­mer­cial et cri­tique de son livre « Le capi­tal au XXIe siècle », Thomas Piketty a répon­du à la fois aux détrac­teurs et aux défen­seurs du Revenu de Base sous la forme d’un article publié dans le der­nier numé­ro de Basic Income Studies. Dans l’intro­duc­tion de cette revue, Michael Howard décrit Piketty comme « réser­vé (…) sur l’idée de consi­dé­rer un trans­fert moné­taire comme solu­tion miracle ». Toutefois, ce der­nier est depuis 1997 un défen­seur de l’impôt pro­gres­sif et de cer­taines pro­po­si­tions de reve­nu de base, tout par­ti­cu­liè­re­ment sous la forme de l’impôt néga­tif. Bien qu’il tienne un dis­cours conforme à ses décla­ra­tion pré­cé­dentes sur le rôle de l’État-providence, il se déclare en faveur de « trans­ferts moné­taires uni­ver­sels au pro­fit des enfants dépen­dants ». Malgré ses désac­cords avec le reve­nu de base, il le recon­naît tou­te­fois comme un sujet méri­tant dis­cus­sion.

Dans le même numé­ro de Basic Income Studies, plu­sieurs contri­bu­teurs dis­cutent le livre de Piketty sous plu­sieurs angles. Ainsi George Grantham essaye-t-il de déter­mi­ner si la posi­tion de Piketty est soluble dans l’économie hété­ro­doxe, tout en recon­nais­sant que le capi­ta­lisme s’accommoderait pro­ba­ble­ment d’un reve­nu de base peu éle­vé. Plus loin, Louise Haagh avance dans son article, comme Piketty, que le reve­nu de base n’est pas une for­mule magique, mais plu­tôt un outil essen­tiel pour mener une poli­tique pro­gres­siste, pro­mou­vant l’équité sociale et le déve­lop­pe­ment. Dans sa contri­bu­tion, Karl Widerquist insiste sur la ten­dance des entre­pre­neurs à deve­nir ren­tiers, mais aus­si sur le fait que les inéga­li­tés en hausse dépendent à la fois de la dif­fé­rence entre le taux de retour sur inves­tis­se­ment et la crois­sance de l’économie (le fameux « r > g »), mais aus­si de la richesse que les capi­ta­listes dépensent dans l’économie. Il avance qu’en plus de l’impôt pro­gres­sif, il fau­drait impo­ser le patri­moine. Un dis­po­si­tif à cou­pler pour lui avec une forme de redis­tri­bu­tion des richesses ou de reve­nu de base.

BIS

La cou­ver­ture du numé­ro de Basic Income Studies.

Ces auteurs, comme les autres qui ont aus­si détaillé leur lec­ture du « Capital au XXIe siècle » dans le der­nier numé­ro en date de Basic Income Studies (Ruben Lo Vuolo, Geoff Crocker et Harry Dahms), sont glo­ba­le­ment una­nimes pour dire que les pro­blèmes sociaux sont issus des inéga­li­tés de reve­nus. Partant, de nou­velles formes de redis­tri­bu­tion des richesses, ou le ren­for­ce­ment des dis­po­si­tifs exis­tants, sont pour eux essen­tiels pour retrou­ver un équi­libre social, ou du moins réduire les inéga­li­tés dans un pre­mier temps. À l’arrière-plan, pas encore abor­dée, demeure la ques­tion pré­gnante des ins­tances poli­tiques déci­sion­naires, qui penchent actuel­le­ment très for­te­ment en faveur des membres les plus riches de nos socié­tés.


Article ini­tia­le­ment publié par Andre Coelho sur basi​cin​come​.org.

Crédit pho­to : CC BY-NC-ND Universitat Pompeu Fabra