Revenu universel, de l’utopie au programme politique

Une émission de La Grande table sur France Cuture où Baptiste Mylondo et Guillaume Allègre débattent du revenu inconditionnel.

À la fois mis en lumière et discrédité dans la dernière campagne présidentielle, porté par le socialiste Benoit Hamon, il en est ressorti lessivé, ne subsistant qu’une version « édulcorée » d’un revenu universel qui ne demande qu’à revivre dans l’esprit de ses partisans.

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Illustration : Le Jardin des délices (détail) CC 0 Jérôme Bosch.

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Comment le revenu universel est devenu de gauche

Un article de Marc-Antoine Sabaté pour AOC Media analyse la progression de l’idée de revenu universel au sein de la famille politique social-démocrate, et les contradictions des actuels projets d’expérimentation avec les valeurs de la gauche.

S’il y a donc de multiples manières d’envisager l’inconfort socialiste à l’égard du revenu universel, le cœur du problème peut sans doute être résumé ainsi : son inconditionnalité serait incompatible avec une théorie du social où la division du travail est, de fait, ce qui donne consistance à la société, forme sa solidarité organique et où, par conséquent, les droits ne peuvent être fondés que sur les positions que les individus y occupent, afin d’assurer à chacun.e une émancipation dans l’intégration.

Que penser, dès lors, de la proposition actuellement portée à gauche ? Lesdits promoteurs d’une expérimentation locale listent six objectifs : « résorber la grande pauvreté et assurer un niveau de vie minimal » ; « réduire le non-recours aux prestations sociales » ; « favoriser l’autonomie du projet de vie » ; « réduire la stigmatisation » ; « simplifier le système social » ; « faciliter le retour à l’emploi ».

On retrouve ici quelques-uns des arguments consacrés. Qu’en est-il cependant de la réduction des inégalités ou de la redistribution des richesses ? Suffit-il par ailleurs de suggérer qu’il faciliterait le retour à l’emploi pour le rendre compatible avec une défense solidariste de l’aide sociale ? Rien n’est moins sûr, tant cet argument repose sur une perception individualisée des causes du chômage. Il ne s’agit certes pas de dénoncer des chômeurs irresponsables, refusant de se remettre au travail. Mais la logique n’est pas différente, l’argument est simplement pris dans l’autre sens : au-delà du manque structurel d’emplois, le chômage est dû à un ensemble de désincitants économiques. Il faut rendre le travail payant.

Et il reste donc là l’intuition que c’est individuellement, en s’appuyant sur ce socle inconditionnel, que les chômeurs pourront se rediriger vers l’emploi. On perçoit bien-sûr l’attrait d’une telle approche : rien ne semble plus insupportable que l’idée de ne pas pouvoir décider, pour soi-même, du sens que l’on entend donner à son existence et des moyens à mettre en œuvre pour y parvenir. Le danger est pourtant d’oublier les conditions sociales de l’exercice de cette liberté-responsabilité. C’est pourquoi la revendication d’un revenu universel ne devrait pas être dissociée de celle d’un accompagnement des personnes sans emploi. Accompagnement que les économies de contrôle social liées à sa mise en place pourraient d’ailleurs permettre de repenser.

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Illustration : © AOC Media.

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Revenu universel : dépasser le théorème d’impossibilité

Un article de Marc-Antoine Sabaté pour la revue Esprit fait le point sur l’état du débat en France autour du revenu sans condition.

Il explore différents pans du sujet : le débat philosophique à réinvestir ; la (non-) question du financement ; l’acceptabilité sociale à construire ; la faisabilité des différentes propositions ; la (fausse) avancée des expérimentations ; et enfin la compatibilité avec l’idée de sécurité sociale.

Loin de s’épuiser dans la seule question de son financement, la faisabilité du revenu universel doit dès lors être plus généralement envisagée à partir de l’écart, de la tension inévitable entre, d’une part, le choix de sa mise en place, les justifications politiques de ce choix et la manière dont il s’incarne dans les modalités retenues et, d’autre part, les multiples effets systémiques qu’il devrait entraîner. Écart, autrement dit, entre ce qui motive l’idée et ce que, soutenable, elle permettrait dans les faits ; entre les différentes promesses de justice sociale et d’autonomie individuelle qui la portent et la réalité incertaine de ses conséquences économiques et sociales.

Au terme de cet article clair et accessible, il considère que l’idée du revenu inconditionnel peut progresser à condition que les débats avancent sur deux axes : les effets socioéconomiques des multiples « versions » de revenu universel ; et la réincarnation des options politiques portées par les  divers projets, permettant ainsi de faire un réel choix de société.


Illustration : Carlos Pernalete Tua.

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