Benjamin Griveaux, pêcheur à la dérive

Un article de Romaric Godin étrille la communication du gouvernement, qui cherche à gommer l’image de « président des riches » que se traîne Emmanuel Macron.

Derrière sa sollicitude, Benjamin Griveaux dissimule donc cette vision classique d’un homme pauvre assisté et ignare chère à la droite. La réalité est bien différente : les chômeurs français, dont la moitié ne sont pas indemnisés, veulent dans leur immense majorité, trouver un emploi ou une formation qui permet de trouver un emploi.

Mais à quoi bon se former lorsque l’emploi manque ? À quoi bon travailler lorsque l’on est malgré tout pauvre en travaillant ? Benjamin Griveaux n’a donc jamais entendu parler de ces « travailleurs pauvres » dont l’existence même devrait faire oublier l’aphorisme de Confucius ? Ce que le pouvoir actuel ne dit jamais, ce qu’il oublie toujours à dessein, c’est que ce ne sont pas les chômeurs et les salariés qui ont conduit la France à la perte de compétitivité économique et qui l’ont enfermé dans un niveau de gamme intenable.

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Illustration : CC 0 Przemysław Sakrajda.

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Comment le revenu universel est devenu de gauche

Un article de Marc-Antoine Sabaté pour AOC Media analyse la progression de l’idée de revenu universel au sein de la famille politique social-démocrate, et les contradictions des actuels projets d’expérimentation avec les valeurs de la gauche.

S’il y a donc de multiples manières d’envisager l’inconfort socialiste à l’égard du revenu universel, le cœur du problème peut sans doute être résumé ainsi : son inconditionnalité serait incompatible avec une théorie du social où la division du travail est, de fait, ce qui donne consistance à la société, forme sa solidarité organique et où, par conséquent, les droits ne peuvent être fondés que sur les positions que les individus y occupent, afin d’assurer à chacun.e une émancipation dans l’intégration.

Que penser, dès lors, de la proposition actuellement portée à gauche ? Lesdits promoteurs d’une expérimentation locale listent six objectifs : « résorber la grande pauvreté et assurer un niveau de vie minimal » ; « réduire le non-recours aux prestations sociales » ; « favoriser l’autonomie du projet de vie » ; « réduire la stigmatisation » ; « simplifier le système social » ; « faciliter le retour à l’emploi ».

On retrouve ici quelques-uns des arguments consacrés. Qu’en est-il cependant de la réduction des inégalités ou de la redistribution des richesses ? Suffit-il par ailleurs de suggérer qu’il faciliterait le retour à l’emploi pour le rendre compatible avec une défense solidariste de l’aide sociale ? Rien n’est moins sûr, tant cet argument repose sur une perception individualisée des causes du chômage. Il ne s’agit certes pas de dénoncer des chômeurs irresponsables, refusant de se remettre au travail. Mais la logique n’est pas différente, l’argument est simplement pris dans l’autre sens : au-delà du manque structurel d’emplois, le chômage est dû à un ensemble de désincitants économiques. Il faut rendre le travail payant.

Et il reste donc là l’intuition que c’est individuellement, en s’appuyant sur ce socle inconditionnel, que les chômeurs pourront se rediriger vers l’emploi. On perçoit bien-sûr l’attrait d’une telle approche : rien ne semble plus insupportable que l’idée de ne pas pouvoir décider, pour soi-même, du sens que l’on entend donner à son existence et des moyens à mettre en œuvre pour y parvenir. Le danger est pourtant d’oublier les conditions sociales de l’exercice de cette liberté-responsabilité. C’est pourquoi la revendication d’un revenu universel ne devrait pas être dissociée de celle d’un accompagnement des personnes sans emploi. Accompagnement que les économies de contrôle social liées à sa mise en place pourraient d’ailleurs permettre de repenser.

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Illustration : © AOC Media.

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