« Gagner sa vie » : plongée dans le revenu de base à visage humain

Un article de Guillaume Ledit pour Usbek & Rica pré­sente Gagner sa vie, la nou­velle série docu­men­taire d’Arte consa­crée au reve­nu de base.

« Quand j’ai com­men­cé à réflé­chir sur le sujet il y a plus de deux ans, donc avant la pré­di­sen­tielle, j’ai eu une réac­tion vio­lente à l’idée de don­ner de l’argent contre rien », nous explique Margaux Missika. Ce ques­tion­ne­ment per­son­nel mêlé à sa for­ma­tion en éco­no­mie et socio­lo­gie l’a conduit à tra­vailler le sujet, et à vou­loir le rendre « intime » : « J’ai fait cinq ans d’économie, et la matière est très dif­fi­cile à trai­ter. On met sou­vent experts contre experts, chiffres contre chiffres. Alors que l’intéressant pour moi, c’est le débat phi­lo­so­phique qu’il y a der­rière ces ques­tions. L’idée c’était de mon­trer que ce débat concerne tout le monde ».

Des épi­sodes à regar­der dans l’ordre de son choix, sur dif­fé­rents aspects du reve­nu de base :

  • Le tra­vail c’est la vie : que se passe‐t‐il quand le tra­vail n’est plus ce qui occupe notre vie, mais ce qui la menace ?
  • Le pou­voir de l’argent : le reve­nu de base serait la nou­velle solu­tion pour éra­di­quer la pau­vre­té, mais qui doit payer ?
  • Main dans la main : dans un monde sans tra­vail, est ce qu’on se sen­ti­ra libé­ré ou limi­té par les robots qui nous auront rem­pla­cés ?
  • Le contrat social : si l’État n’est pas en mesure de finan­cer un reve­nu uni­ver­sel à tout le monde, alors qui devrait rece­voir quoi ?
  • La belle vie : que se passe‐t‐il réel­le­ment quand des gens reçoivent de « l’argent gra­tuit » sur la durée ?
  • L’utopie des réa­listes : même dans un endroit où l’argent pousse sur les arbres, est‐on prêt à tout par­ta­ger avec ses voi­sins ?
  • L’État sans État : dans un futur où le reve­nu uni­ver­sel serait une réa­li­té, aura‐t‐on encore besoin des États ?

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Illustration : © Arte.

Alain Damasio : « Il faut rendre à nouveau la révolution désirable »

Un entre­tien d’Alain Damasio avec Guillaume Ledit d’Usbek & Rica revient sur les rai­sons qui poussent l’écrivain à s’engager. Au som­maire notam­ment : le tra­vail, la tech­no­lo­gie et le reve­nu uni­ver­sel.

Dans une interview autour de l’exposition « Extravaillance », vous estimiez qu’il fallait « faire le deuil d’une conception totalement absurde du travail ». Comment passer dans le « postcapitalisme » que vous appelez de vos voeux ? Et en se projetant, à quoi pourrait ressembler le travail et les travailleurs à l’horizon 2030 ?

La réponse la plus facile aujourd’hui, à mon sens, c’est le reve­nu uni­ver­sel. Avec toutes les équi­voques de la mesure et l’ampleur du piège que ça peut repré­sen­ter en terme de contrôle accru des popu­la­tions. Il y aura là un vrai com­bat s’il est mis en place, notam­ment parce que la droite va ten­ter d’y inté­grer le maxi­mum d’allocations et de le fixer au niveau le plus bas. Ce com­bat doit être mené, mais je pense qu’il y a un seuil de reve­nu men­suel où on pour­rait se retrou­ver délié de l’obligation de tra­vailler.

On est arri­vé à un stade où l’humanité est en mesure, grâce aux évo­lu­tions tech­niques notam­ment, de cou­per le lien entre reve­nu et mérite : on mérite d’être rému­né­ré même en ne tra­vaillant pas. Si on coupe cette alié­na­tion fon­da­men­tale sur laquelle repose une par­tie de la force du capi­ta­lisme, on libère un temps cru­cial pour les gens, qui peuvent alors s’occuper des autres ou mili­ter, créer, géné­rer des alter­na­tives et du vivant.


Illustration : CC BYSA 3.0 Adrien Barbier.