Pour une politique publique de l’estime de soi

Un article de Julien Dourgnon dans la Revue Projet pro­pose la mise en place d’un reve­nu uni­ver­sel comme véri­table poli­tique publique de l’estime de soi.

Cet édi­fice de normes est tenu par sa clé de voûte : le mono­pole que l’emploi détient sur la dis­tri­bu­tion pri­maire des reve­nus. Hors de l’emploi, point de reve­nus pri­maires (à l’exception des ren­tiers). Si bien que c’est dans l’emploi que pros­père l’estime de soi et la pos­si­bi­li­té d’une vie maté­riel­le­ment digne (un reve­nu, un loge­ment, des trans­ports…). Si l’estime de soi se mesure à l’aune de la conven­tion domi­nante, elle dépend de notre confor­mi­té aux impé­ra­tifs de la socié­té sala­riale : être actif, occu­pé dans un emploi, consom­mer inten­sé­ment (bien loin des appels urgents à la sobrié­té éner­gé­tique). Dès lors, plus on se trouve écar­té de cette norme, plus l’estime de soi se dégrade, inexo­ra­ble­ment.

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L’État, quant à lui, orga­nise son action sociale confor­mé­ment aux attentes sym­bo­liques de la norme du sala­riat capi­ta­liste. Ainsi en va-t-il de l’assistance sociale (RSA : reve­nu de soli­da­ri­té active, prime pour l’emploi, cou­ver­ture mala­die uni­ver­selle…), réser­vée aux reca­lés du sala­riat. L’État verse des reve­nus (dits « secon­daires » car issus de la redis­tri­bu­tion) tou­jours défi­nis néga­ti­ve­ment (par défaut d’emploi). Il offi­cia­lise, pour ain­si dire, et rend visible (il stig­ma­tise) la non-appartenance sociale, l’impossibilité d’accéder au champ du sala­riat. Mais face à une recru­des­cence incon­trô­lée des éli­gibles, alors que son bud­get est contraint, et consi­dé­rant le chô­mage d’abord comme un pro­blème d’adaptation, requé­rant une inci­ta­tion indi­vi­duelle, la pres­sion exer­cée sur les béné­fi­ciaires va cres­cen­do pour les pri­ver de leurs aides ou les pous­ser vers le pre­mier emploi venu.Julien Dourgnon

Source : Pour une poli­tique publique de l’estime de soi, Julien Dourgnon pour la Revue Projet.


Illustration : CC BY-SA Laurent.

Une réponse à “Pour une politique publique de l’estime de soi”

  1. […] Pour une poli­tique publique de l’estime de soi, par Julien Dourgnon, recen­sé ici. […]

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